Ce n'est pas une partie de plaisir en ce moment pour les concurrents du Vendée Globe dans le redouté Océan Indien. Les concurrents ont encore en mémoire la fortune de mer de Kevin Escoffier, récupéré par Jean le Cam. Une mésaventure qui sonne comme un avertissement pour des marins dont beaucoup ont levé le pied.

Maxime Sorel navigue pour la première fois dans l'Océan Indien : "je ne vous cache pas que j'ai levé le pied" après le sauvetage miraculeux de Kevin Escoffier
Maxime Sorel navigue pour la première fois dans l'Océan Indien : "je ne vous cache pas que j'ai levé le pied" après le sauvetage miraculeux de Kevin Escoffier © © Maxime Sorel / VandB - Mayenne

Un bateau qui s'ouvre en deux, comme une boîte de sardine : c'est rarissime qu'un monocoque de course connaisse une telle avarie (le skipper suisse Bernard Stamm a connu la même mésaventure au retour de la Transat Jacques Vabre). Pourtant, c'est bien ce qui est arrivé au bateau PRB de Kevin Escoffier qui n'a eu que quelques secondes pour sauter dans son radeau de survie. Ce récit glaçant a refroidi beaucoup d'ardeurs au sein de la flotte. 

"Je n'ai pas envie que ça m'arrive" - Maxime Sorel

En apprenant cette mésaventure qui aurait pu mal finir, Maxime Sorel confie avoir modifié sa façon de naviguer pour ses premiers pas dans ces mers difficiles. "Mon objectif est clair, c'est de finir", explique le jeune skipper de VandB - Mayenne que nous avons joint au téléphone. "Je suis très content d'être là où je suis en ce moment mais je ne vous cache pas que j'ai levé le pied. Les mers sont grosses et on part vite en surf à des survitesses assez impressionnantes. On va taper sur la vague de devant. C'est pour ça que PRB s'est disloqué. Je n'ai pas envie que ça m'arrive. Le Grand Sud, c'est long, le Vendée Globe, c'est long. Il faut faire gaffe dans cette partie du parcours et on remettra du charbon quand on pourra."

Le naufrage et le sauvetage de Kevin Escoffier (à gauche) par Jean le Cam (à droite) ont contraint beaucoup de concurrents à ralentir pour ne pas connaître le même sort.
Le naufrage et le sauvetage de Kevin Escoffier (à gauche) par Jean le Cam (à droite) ont contraint beaucoup de concurrents à ralentir pour ne pas connaître le même sort. / © Kevin Escoffier / PRB

Mettre le pied sur le frein mais aussi regarder autour de soi : ce qui a sauvé Kevin Escoffier, ce sont ses voisins de course qui n'étaient pas très loin pour venir sur zone. Avec une flotte très étirée, beaucoup se retrouvent isolés dans ce désert océanique. "Je suis en queue de peloton des bateaux qui suivent la tête de la flotte", raconte Maxime Sorel. "S'il m'arrive quelque chose, ça va être compliqué pour ceux de devant de faire demi-tour. On part pour trois semaines de mer compliquée et c'est pour ça que ça a fait autant réfléchir, ce qui est arrivé à Kevin Escoffier. La casse n'est pas loin, ça nous pend au bout du nez, c'est important de mollir."

L'Océan Indien n'a pas bonne réputation, il est redouté : les vents sifflent, il fait froid et humide. "J'étais près de la zone des glaces et l'eau était à 5,5 degrés", poursuit Maxime Sorel qui a embarqué un petit chauffage sur son bateau. "Quand on sort sur le pont, on n'a pas le droit d'oublier de mettre son ciré, le haut, le bas et les bottes."

"L'impression que le bateau va se désintégrer" - Charlie Dalin

L'Indien, c'est aussi un jeu de saute-mouton sur une mer déchaînée. La casse n'est jamais loin. "On m'avait dit : tu vas voir, c'est la partie la plus dure du Vendée Globe", confie l'actuel leader Charlie Dalin (Apivia). "On m'avait dit que l'état de la mer était pourri, c'est confirmé. Que c'était un enchaînement de tempêtes, c'est prévu comme ça. Ça fait un peu ambiance tunnel. Et dans ces conditions, tu te retrouves à partir pleine balle et tu as l'impression que le bateau va se désintégrer."

Vivre balloté, avec en plus, depuis le sauvetage de l'un des leurs, une certaine appréhension, rend par moments difficile de rester à bord de ces bateaux très inconfortables. "C'est impressionnant et ce n'est pas facile à vivre à l'intérieur du bateau", avoue Isabelle Joschke (MACSF). "Ça coûte un peu en termes de confort et de sécurité pour ne pas se cogner. C'est difficile de se déplacer. Pour transporter un objet, on a besoin d'une main mais il faut se tenir à deux mains pour bouger. Ce n'est vraiment pas facile d'être à bord."

Et ce rythme infernal, les concurrents vont le subir au moins durant les deux prochaines semaines.

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