Le XV de France, englué dans les polémiques depuis la multiplication des cas Covid en son sein, a pourtant aujourd'hui une autre urgence à régler : annihiler la propagation du virus qui a entraîné ce chaos et surtout remettre d'attaque ses joueurs. La prochaine échéance arrive dès le 13 mars, face à l'Angleterre.

Le bon temps des entraînements collectifs du XV de France à Marcoussis
Le bon temps des entraînements collectifs du XV de France à Marcoussis © Radio France / Fanny Lechevestrier

Pour le XV de France, ce dimanche 28 février devait être le premier match de rugby de l'année au Stade de France, son 3e dans le Tournoi des Six Nations face à l'Écosse, avec un unique objectif : prolonger son rêve de Grand Chelem et la communion renouée avec les Français. Au lieu de cela,  après 16 cas officiellement recensés à Marcoussis, les Bleus et la Fédération française de rugby se retrouvent au cœur des critiques et d'une chasse au fautif, avec en plus une enquête interne diligentée par la ministre déléguée chargée des Sports, Roxana Maracineanu. Au milieu de ce capharnaüm, il y a une autre urgence à gérer : endiguer au plus vite le foyer épidémique alors que d'autres cas positifs pourraient se manifester dans les jours à venir et remettre tout le monde sur pied en vue du prochain rendez-vous, dès le 13 mars, en Angleterre.

Comment mettre fin au foyer épidémique? 

Pour cela, décision a été prise de déserter le centre d'entraînement des Bleus dans l'Essonne, qui va pouvoir ainsi être minutieusement désinfecté. Dès ce vendredi et après une journée à l'isolement, joueurs et staff du XV de France vont donc quitter un à un leur chambre de Marcoussis, direction leur résidence personnelle. Un choix qui n'est pas sans rappeler celui qu'avait fait l'Aviron Bayonnais, décimé fin janvier par le variant anglais après un match de Coupe d'Europe. Nous avons joint Benjamin Laffourcade, le médecin du club basque, pour en savoir un peu plus. Lui qui n'est pas surpris par la propagation rapide du virus au sein du groupe France : "c'est comme cela que cela se passe quand un groupe vit en vase clos. A partir du moment où vous en avez un qui est contaminé, tout se propage très très vite, c'est malheureusement classique" nous dit-il en préambule. Pour enrayer le foyer épidémique au plus vite au sein de son club, il avait donc mis tout le monde à l'isolement, chacun chez soi. "Très vite, on a pris la décision de fermer le club et de renvoyer tous les joueurs chez eux" explique Benjamin Laffourcade. "Par rapport aux familles, on a fait tester tous les cas contacts, une première fois puis une deuxième et enfin à 7 jours.  On a sorti les enfants des écoles, on a demandé aux épouses de ne pas aller travailler. On a fait tout un travail effectivement d'isolement général", ajoute-t-il. Et en dix jours, le club est parvenu à maîtriser l'épidémie. Les joueurs testés positifs ont également pu reprendre l'entraînement après des examens médicaux poussés, exigés par le protocole sanitaire de la Ligue Nationale de rugby. 

C'est là que le plus dur commence avec la réathlétisation des joueurs

Le problème, après l'isolement, c'est que tout un travail foncier est à reprendre, souligne Benjamin Laffourcade. "Il faut imaginer qu'au bout de dix jours d'isolement, vous avez des joueurs qui ont déjà perdu plusieurs kilos ! Ce sont des joueurs qui ont l'habitude d'entretenir leur musculature au moins 3 heures par jour. Alors, quand vous les mettez dix jours à l'isolement, ils font des pompes à la maison, ils font tout ce qu'ils peuvent mais ce n'est pas suffisant", détaille le médecin de l'Aviron. Et cela n'est bien sûr pas sans conséquence pour les joueurs et les risques de blessures à venir : "Vous avez des piliers qui ont perdu de la masse musculaire, qui ont perdu des muscles très importants au niveau de leurs cervicales. Voilà pourquoi nous, au niveau de la traumatologie de la reprise, on l'a payé au prix fort". Et Bayonne le paie encore aujourd'hui avec un nombre important de blessures dites mécaniques, beaucoup plus prépondérantes qu'avant l'épidémie et une équipe qui a du mal à tenir le rythme sur le terrain durant 80 minutes. 

Dans ces conditions, faut-il d'ores et déjà oublier, pour le prochain match des Bleus, les 8 titulaires du début de Tournoi testés positifs (le capitaine Charles Ollivon mais aussi Antoine Dupont, Arthur Vincent, Cyril Baille, Julien Marchand, Gabin Villière, Brice Dulin, Mohamed Haouas) ? Voilà donc un casse-tête de plus à gérer pour le XV de France et le choix de la prochaine composition d'équipe. Car même si France/Ecosse a été reportée et n'aura pas lieu le 28 février, la prochaine échéance est déjà toute proche : Angleterre/France, le 13 mars, à Twickenham, un rendez-vous, le staff tricolore le sait, qu'il va falloir négocier au mieux pour retisser la confiance avec le grand public mais aussi avec les clubs de Top 14.