Les applications pour aider les personnes harcelées ou agressées dans la rue se multiplient. Elles permettent d'alerter rapidement des proches, se faire géolocaliser, ou encore se réfugier dans un bar partenaire. Mais certaines peuvent être détournées au profit d'utilisateurs malveillants.

Les applications de lutte contre le harcèlement de rue, développées en France, sont de plus en plus nombreuses.
Les applications de lutte contre le harcèlement de rue, développées en France, sont de plus en plus nombreuses. © Getty / Willie B. Thomas

Elles sont de plus en plus utilisées. De nombreuses applications proposent de l'aide en cas de harcèlement ou agression dans l'espace public. Dernières nées en date : "Street Alert", "Garde ton corps" ou encore "The Sorority". Principalement destinées aux femmes lorsqu'elles se déplacent seules dans la rue ou dans les transports en commun, certaines applications peuvent cependant être sujettes à des dérives et se retourner contre les victimes, ce qui pousse les créateurs à se questionner sur un renfort de la cyber-sécurité.

Se réfugier dans un bar sûr, alerter ses proches ou une communauté

Justine, 25 ans est étudiante à Paris. Elle télécharge l'appli "Garde ton corps" cet été, après avoir été harcelée avec des amies sur une plage à Marseille. Cette application fédère un réseau de bars et restaurants "partenaires", qui s'engagent à accueillir les victimes de harcèlement ou d'agressions et de violences. La semaine dernière à Paris, c'est ce qui arrive à nouveau à Justine. Un homme la suit à la sortie du métro dans le 12e arrondissement. "J'avais de la chance, il y avait un bar ouvert et partenaire à 200 mètres de moi, donc je me suis dirigée tout de suite vers l'établissement, j'ai fait comme si je rejoignais des amis, et le fait que je fasse semblant, le monsieur est parti et m'a laissée tranquille" Si elle n'a pas eu besoin de demander de l'aide au personnel de l'établissement, elle avoue s'être sentie plus en sécurité. "Le fait de savoir qu'en cas de souci je peux leur demander de l'aide, c'est très sécurisant, dans ces moments-là on a pas trop le temps de réfléchir, donc on fonce."

"Garde ton corps" est né il y a bientôt deux ans à Aix-en-Provence et se développe actuellement partout en France. Elle revendique 3.500 utilisateurs actifs par jour. D'autres applications sont encore plus récentes, comme "The Sorority", lancée en septembre. Une application qui permet notamment à une victime d'alerter d'autres femmes aux alentours (inscrites) pour qu'elles puissent lui porter assistance. Pour s'inscrire, l'application demande une copie de sa carte d'identité et un selfie. Concept similaire pour "StreetAlert", mais cette fois l'application est ouverte à tous. 

D'autres applications proposant d'autres fonctionnalités sont plus anciennes, comme "App-Elles", créé en 2015, Monshérif ou encore MonChaperon (qui propose du co-piétonnage).

Une application victime de cyber-harcèlement

Mais la multiplication de ce type d'applications n'est pas forcément une bonne nouvelle pour ceux qui les imaginent. "Est-ce que c'est positif ? Oui et non", estime Pauline Vanderquand, co-créatrice de "Garde ton corps". "C'est très bien qu'on soit tous là avec nos idées, mais ce qui n'est pas positif c'est de voir la nécessité de ce type de supports, et je pense qu'il faut faire attention aux dérives possibles, il faut bien se renseigner lorsqu'on créé une application pour que ce soit sécurisé". 

Récemment, l'une de ces applications, "HandsAway" a été victime d'une campagne de cyber-harcèlement, avec multitude de fausses alertes et de messages à caractère "sexiste et sexuel", indique le compte Twitter de l'appli. Alors qu'elle revendique 110.000 utilisatrices et utilisateurs, elle a dû être suspendue temporairement en juin dernier. Son principe repose sur le fait de pouvoir poster un message géolocalisé en cas de problème, pour demander une aide ou un soutien moral. Contactés par France Inter, les responsables de l'application n'ont pas voulu s'exprimer sur le sujet.

"Quand on laisse la porte ouverte à tout le monde, on la laisse aussi aux potentiels agresseurs"

"Il faut faire attention avec cette idée de mettre en relation des personnes en situation de vulnérabilité avec des inconnus", estime Diariata N'Diaye, directrice de l'association Résonantes, et créatrice de l'application "App-Elles". "C'est pas parce qu’on souhaite venir en aide qu'on est capable de le faire, c'est un métier d'accompagner les victimes de violences, qui demande des compétences." "Quand on laisse la porte ouverte à tout le monde, on la laisse aussi aux potentiels agresseurs" poursuit-elle. 

"Il faut cadrer le sujet. La technologie permet plein de choses, mais cela ne veut pas dire qu'il faut développer ces fonctionnalités car la plupart d'entre elles peuvent se retourner contre les utilisatrices" — Diariata N'Diaye 

Pour Diariata N'Diaye, si la multiplication de ce type d'applications permet à "des personnes de la société civile" de "s'investir sur la cause", certains objectifs sont également mercantiles : "c'est aussi vu comme un marché à conquérir, il ne faut pas se leurrer là dessus."

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