Le RN va discuter du projet de loi bioéthique lors de son bureau national, ce lundi, pendant que le texte arrivera en commission à l'Assemblée nationale. Marine Le Pen cherche un juste milieu, comme à l'époque des "gilets jaunes" : soutenir sans appeler à manifester ; s'opposer sans déraper.

Marine Le Pen le 8 septembre 2019 à Hénin-Beaumont
Marine Le Pen le 8 septembre 2019 à Hénin-Beaumont © AFP / François Lo Presti

Si Marion Maréchal et Florian Philippot étaient encore au RN, ce projet de loi bioéthique aurait sans doute crispé tout l'appareil, et provoqué une belle bagarre médiatique. Mais, heureusement pour Marine Le Pen, le débat est beaucoup plus feutré depuis leurs départs. Et un consensus se dégage contre l'ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Comment s'y opposer ?

Certains élus du RN invitent Marine Le Pen à s'abstenir lors du vote, pour "ne pas froisser une partie des Français", et "apparaître à rebours de la société". Une hypothèse rejetée par la principale intéressée. "Un enfant a un père et une mère", lançait-elle en juin dernier sur BFMTV. "Tout ce qui contribue à dissimuler cette vérité biologique, qui est utile pour la construction psychologique de l'enfant, je suis contre."

Mais la présidente du Rassemblement national ne veut pas trop en faire, et souhaite se distinguer de sa nièce, Marion Maréchal. À l'Assemblée, elle n'a d'ailleurs déposé aucun amendement et ses fidèles non plus. "On nous attend davantage sur les retraites que sur cette question qui touche quelques milliers de personnes", déclare son conseiller spécial, Philippe Olivier. "C'est un débat presque intime, où chacun doit se sentir libre." Le RN - comme tous les autres d'ailleurs - ne fixera donc aucune consigne de vote.

Le parti de Marine Le Pen appellera-t-il à descendre dans la rue ? Non. Aucun appel. Aucun tract. Aucune affiche. Certains députés européens du RN, comme Gilles Lebreton ou Jérôme Rivière, pensent manifester le 6 octobre à Paris aux côtés de la "Manif pour tous". "Mais cela restera une démarche individuelle", insiste un dirigeant. Marine Le Pen, elle, restera chez elle, comme ce fut le cas pendant les "gilets jaunes" et en 2013.

Abroger encore la loi Taubira ?

2013 : la loi Taubira ouvrant le mariage aux couples de même sexe. À l'époque, UMP et FN promettaient alors l'abrogation de ce texte. Puis, la droite a peu à peu fait marche arrière. Le candidat François Fillon en proposait une réécriture en 2017. Et c'est désormais au tour des élus du Rassemblement national d'adoucir leur position.

En juin dernier, le nouveau vice-président du RN, Jordan Bardella, considérait sur LCI "comme une majorité de Français, que le mariage pour tous était désormais un acquis." Cette petite phrase a fait beaucoup de bruit en coulisses.

Cette position relayée également par David Rachline et Julien Odoul ne correspond pas à la ligne officielle du parti, actée en 2013 et encore assumée en 2017 dans le projet présidentiel. Et le vice-président du groupe européen ID, Nicolas Bay, n'a pas manqué de le rappeler lors d'une interview chez nos confrères de CNews le 4 septembre 2019.

"Notre position est clairement de revenir sur cette loi, pour lui substituer un PACS amélioré qui réglerait les droits fiscaux et patrimoniaux", attaque Nicolas Bay. "Mais sans s'engager sur le terrain de la filiation". L'aile conservatrice du RN craint que Marine Le Pen ne cède "au politiquement correct, alors qu'il faudrait rester fidèle à notre projet de société".

Revenir au PACS ou acter le mariage homosexuel ? Marine Le Pen a l'air d'hésiter. Elle n'aime pas ces sujets. Mais l'actualité va sans doute l'obliger à trancher.

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