Des fraises, des tomates, des concombres, salades, plantes aromatiques en plein cœur de Paris. "Nature Urbaine" s’est donné comme projet de réconcilier les Parisiens avec leur alimentation en produisant localement des produits de qualité, respectueux de l’environnement et sans traitement chimique.

Déconcertant : il n’y a pas un gramme de terre dans tout ça.
Déconcertant : il n’y a pas un gramme de terre dans tout ça. © Radio France / Manuel Ruffez

De là-haut, on voit la Tour Eiffel et les toits de tous les bâtiments environnants. Si on pouvait se pencher par-dessus le parapet de sécurité, on verrait le périphérique parisien, qui passe à deux pas d’ici. Mais là-haut, on est dans un autre monde. Dans des bacs suspendus, des tomates mûrissent. Des tomates cerises, des Cornues des Andes, des Noires de Crimée. Des variétés connues pour leur qualité gustative. Côte-à-côte, des fraises poussent sur des colonnes verticales. Des fraises, mais aussi des salades, des plantes aromatiques, des blettes, ou encore de la Capucine ou de la Bourrache, ces deux dernières pour attirer les pollinisateurs. "On était très inquiets au début", explique Camille Billiémaz, responsable de la production maraîchère, "on ne voyait pas une abeille ou un frelon, mais maintenant ça y est, les pollinisateurs sont là".

Fraisiers,  salades,  plantes aromatiques ou encore capucines sont cultivés en aéroponie sur des colonnes verticales.
Fraisiers, salades, plantes aromatiques ou encore capucines sont cultivés en aéroponie sur des colonnes verticales. © Radio France / Manuel Ruffez

Hydroponie, aéroponie

Ce qui est déconcertant, c’est qu’il n’y a pas un gramme de terre dans tout ça. Les fraises sont cultivées en aéroponie, les racines sont à l’air libre à l’intérieur d’un cylindre vertical. Quant aux tomates, elles sont plantées à l’horizontale dans un substrat en fibre de coco. Dans les deux cas, tous les nutriments nécessaires sont apportés par le système d’irrigation, un circuit d’eau en boucle fermée relié à une pompe et commandé par ordinateur. 

Aucun produit chimique, c’est une volonté affirmée de Nature Urbaine, mais pas de label bio pour autant car il s’agit de cultures hors-sol. "Pour le travail, on fait exactement les mêmes gestes qu’en agriculture classique", détaille Camille, "on est à l’air libre donc à la merci du climat, mais le gros avantage c’est qu’on travaille à hauteur d’homme, on n’est plus obligé de se casser le dos".

Qualité et respect de l’environnement

C’est dans l’air du temps, mais c’est vraiment le credo de Nature Urbaine. La dimension environnementale est forte. "Nos plantes sont cultivées dans le respect du rythme des saisons, le respect de la nature et sans traitement chimique", argumente Sophie Hardy, la directrice du site. "C’est de la production ultra-locale pour les parisiens, avec zéro kilomètre parcouru pour nos tomates et nos concombres, en circuit-court." 

"Ça ne remplacera jamais l’agriculture traditionnelle bien sûr, mais l’agriculture urbaine peut être complémentaire"

Sophie Hardy, directrice de Nature Urbaine.
Sophie Hardy, directrice de Nature Urbaine. © Radio France / Manuel Ruffez

Et la pollution de la ville, à deux pas du périphérique ? Sophie Hardy argumente : "D’abord, ce sont les racines qui absorbent la pollution, là, avec nos systèmes de culture, les racines sont protégées. Les métaux lourds, eux, ne montent pas jusqu’ici, à 15 mètres du sol. Enfin, dit-elle, pour les particules fines, il suffit de rincer avant de consommer". "En plus", renchérit-elle, "nous luttons contre le phénomène des îlots de chaleur typique des zones urbaines. Les plantes absorbent la chaleur, alors que les toitures la réverbèrent".

Les carrés parisiens. Lopins de terre loués à l'année aux habitants voisins.
Les carrés parisiens. Lopins de terre loués à l'année aux habitants voisins. © Radio France / Manuel Ruffez

Mais pour quel modèle économique ?

Outre la technicité et le savoir-faire nécessaire au maraîchage, la difficulté principale sera surtout de faire de cette ferme urbaine un modèle économique qui fonctionne. Pour cela, Nature Urbaine s’appuie sur trois piliers. Les cultures, bien sûr : à terme les 14.000 mètres carré du toit seront exploités. "A plein régime, on imagine produire 1000 unités par jour", calcule Sophie Hardy, "une unité c’est un kilo de tomates, mais aussi une barquette de fraises de 250 grammes, ou encore un bouquet de basilic"

Deuxième pilier, l’aspect pédagogique, avec la location à l’année de 130 petites parcelles, baptisés "carrés parisiens" aux habitants du voisinage, mais aussi des visites guidées payantes. Et troisième pilier, l’événementiel : accueil sur ces hauteurs de réunions, conférences, colloques ou séminaires. 

L’équipe, composée de huit salariés dont cinq maraîchers, comptait beaucoup sur cet aspect-là pour lancer l’aventure mais la crise sanitaire a tout déséquilibré. L’ouverture, prévue le 1er avril, est repoussée au 1er juillet. Trois mois de retard et en conséquence de nombreux événements annulés : "Nous sommes à la recherche de partenaires financiers", reconnait Sophie Hardy.

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