Les virologues sont formels : la présence d'anticorps dans le sang n'est pas une preuve d'immunité à 100 %. Ils attestent seulement qu'une personne a croisé le coronavirus. Les tests sérologiques, jugés sans grande utilité dans le déconfinement, sont pourtant déjà pratiqués en laboratoire, bien que non remboursés.

La demande de tests sérologiques explose
La demande de tests sérologiques explose © AFP / Hans Lucas / Nathan Laine

La demande explose. Dans les régions où le coronavirus a beaucoup circulé, Grand Est et Île-de-France notamment, des particuliers se rendent dans leur laboratoire de biologie médicale pour demander un test sérologique. Parce qu'ils croient avoir eu le Covid-19, parce qu'ils veulent être rassurés, parce que les médias en ont parlé, ils veulent savoir si leur organisme a développé des anticorps. Et une simple prise de sang permet de le dire. 

Cet examen n'est toutefois aujourd'hui ni prescrit, ni remboursé par l'Assurance maladie. Le 2 mai, la Haute autorité de Santé en a même précisé les limites : "Les tests sérologiques, en complément de la RT-PCR, peuvent permettre de répondre à la question 'Suis-je ou ai-je été malade du Covid-19 ?'. En revanche, les tests sérologiques ne permettent pas de répondre à la question 'Suis-je contagieux ?'. Enfin, ils ne permettent pas encore de répondre à la question 'Suis-je protégé contre le Covid-19 ?'"

Devant l'Académie des Sciences, le 7 mai, Olivier Schwartz, responsable de l'unité virus et immunité à l'Institut Pasteur, a précisé qu'il était important de différencier anticorps non neutralisants et anticorps neutralisants. Les seconds, comme leur nom l'indique, empêchent le virus de se reproduire dans les cellules mais "tout l'enjeu est de faire le lien entre la présence de ces anticorps et la protection et de  comprendre combien de temps ils persistent dans l'organisme", a-t-il souligné. 

Tous fiables ? 

En attendant, pour répondre à la demande (du grand public, des groupes hospitaliers ou d'entreprises), les laboratoires de biologie médicale ont donc commencé à le proposer. Problème : il y a quelques 200 tests actuellement commercialisés avec le marquage CE. Comment choisir ?  

Dans l'attente d'une liste officielle de tests validés par le Centre national de référence, certains ont fait confiance aux grands groupes mondiaux (Abott, Roche), d'autres à leurs fournisseurs habituels. C'est le cas d'Inovie, très présent dans le Sud Ouest de la France et qui a privilégié Roche. "Leur test est performant, il a été validé par la FDA, l'équivalent américain de l'Agence française du médicament", explique Jean-Michel Réal, médecin biologiste dans le groupe. Inovie a ajouté sa propre validation sur la fiabilité. 

L'important est de mesurer la "sensibilité" du test c'est à dire la réponse aux anticorps et sa "spécificité", autrement dit s'assurer qu'il identifie bien les anticorps développés contre le Sars-CoV-2 et non un autre coronavirus. Pour Jean-Michel Réal, le test Roche est spécifique à 100% et sensible à 99%.

Chez LBI, les laboratoires indépendants (600 laboratoires de ville), on a choisi deux fournisseurs  : Roche et Organtech. Là aussi, en prenant en compte les recommandations de la Haute autorité de Santé. 

Quant au groupe Cerballiance (450 laboratoires sur le territoire), il a préféré miser sur quatre tests différents. "En attendant la publication de la liste, on a pris le temps de faire nos tests en avril. On en a retenu quatre, disponibles à ce moment-là, parfois d'origine chinoise mais pour lesquels on avait une bonne fiabilité", détaille Michel Sala, directeur médical du groupe. Pour lui, maintenir "un volant de marques est obligatoire pour maintenir les approvisionnements. On ne peut pas s'appuyer sur un seul industriel pour nous fournir des réactifs".

D'autres, enfin, pourraient miser sur de tout nouveaux produits, pas encore estampillés CE. Siemens et Biomérieux sont attendus, qui, eux aussi, bénéficient de leur notoriété sur le marche mondial. 

Les "made in France"

Aux côtés des poids lourds mondiaux, deux entreprises françaises tentent de tirer leur épingle du jeu. Largement sollicitées, elles ont choisi d'augmenter leur production. La bretonne NG Biotech, spécialisée dans les tests de diagnostic rapides ouvrira d'ici quelques semaines une seconde usine. Sa première commande est venue de l'état major des Armées : plusieurs dizaines de milliers de tests. Le CHU de Rennes en a de son côté commandé 15 000, pour le personnel soignant surtout. 

Quant à Biosyntex en Alsace, suite aux pré-commande de Eurométropole de Strasbourg (la communauté de communes) et de plusieurs hôpitaux du Grand Est, elle a décidé de relocaliser sa production.  Le CHU de Montpellier ayant de son côté validé cette semaine la fiabilité du test Elisa d' IDVet, une PME locale capable de produire 400 000 unités/jour.

Pour autant, cette offre abondante ne dit rien de ce que décideront les autorités à propos du remboursement. François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes estime que dans certains cas, une prise en charge par l'Assurance Maladie se justifie. "Sur prescription médicale, si un médecin l'exige pour vérifier qu'en dépit de l'absence de symptômes vous avez toutes les chances d'avoir été infecté, cela me semble légitime". Ou par exemple "si le test virologique par PCR est révélé négatif alors que vous avez les symptômes". À ce jour, aucun barème de prix n'a été fixé. De 15 à 35 euros le test, la fourchette est assez large.

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