Dans la famille Podalydès, il est l'acteur. A la Comédie Française, il est le sociétaire le plus assoiffé de lecture. Même en descendant sa poubelle, il pense à prendre un livre de poche pour le lire dans l'escalier! Denis Podalydès a passé son dimanche à Avignon. Le matin, interrogé par Laure Adler (Laure Adler, nouvelle Marianne de Radio France. En juillet, elle chronique tous les jours un spectacle du festival sur France Info, on l'entend sur France Culture et la rumeur la donne remplaçante de José Artur sur France Inter à la rentrée), il a évoqué sa vocation d'acteur et son travail à la Comédie Française. L'essentiel de son intervention est à lire dans "Scènes de la vie d'acteur", publié il y a plus d'un an, au Seuil. L'acteur témoigne entre autres de l'angoisse du comédien, multiple et polymorphe. Dimanche, il a exprimé son amour de la troupe. Cette possibilité qui consiste à ne pas toujours avoir le premier rôle (est-il sincère? Un acteur habitué aux grands textes endosse-t-il aussi facilement un second rôle?) "Dans le privé, confie-t-il, le système de production est tel que c'est la vedette qui décide tout. Il n'y a pas de mise en scène possible. On paie très cher la star, on paie très peu les seconds rôles, et quasiment pas les petits rôles. A ces petits rôles, on ne paie pas les répétitions. Donc ils ne travaillent pas, et il n'y a aucune homogénéité sur scène : seule la vedette gouverne. En fait, sur le plateau du théâtre privé, vous avez une vraie lutte des classes!" Podalydès évoque aussi son plaisir d'écrire, "car un acteur, ça ne crée rien, alors écrire, décrire même simplement ce que l'on voit, cela comble un manque". Cet après-midi, avant de lire avec Martine Pascal des textes du critique dramatique disparu Michel Cournot, Denis Podalydès est passé à la Collection Lambert. Elle présente les photos de l'américain Andres Serrano sur les sociétaires de la Comédie Française. Gros plans sur les visages des acteurs et des actrices, souvent en contre plongée, dans un costume de scène. L'appareil était placé à quelques centimètres des acteurs. L'acteur devient ainsi objet d'observation. Avec toutes les imperfections, ici, une ride, là un poil disgracieux, une couronne dans la bouche de Muriel Mayette, les yeux sanguinolents de Claude Matthieu. Vision d'horreur, parfois. "Mes amis du Français m'avaient dit que c'était un cauchemar, cette exposition! Moi je ne trouve pas, elle a du sens. Auparavant, Serrano a fait une série formidable sur la morgue, avec ces plans serrés sur le corps, les cicatrices etc. Certes, l'exposition n'est pas aimable, elle n'embellit personne, mais elle nous fige à la fois dans un rôle et dans la mort... C'est troublant..." Souvent positif, l'acteur repart d'un pas pressé, avec à la main un sac plastique bleu ciel qui laisse apparaître le journal et des livres, dont un de Goethe. On pense au reproche que lui formulait Jacques Lassale quand il le dirigeait dans Platonov, "vous n'êtes pas Platonov, vous êtes Figaro!" C'est vrai que Denis Podalydès bondit, s'agite, s'émerveille. On devine d'ailleurs qu'il rentre à Paris plein de ses rencontres de 24 heures à Avignon ("Je reviens du déjeuner d'Arte, deux heures avec l'écrivain de théâtre Georges Banu, quelle chance!"). Cette semaine, il commence le tournage du nouveau film de son frère Bruno. Pourquoi cet amoureux des mots, de la scène et des autres ne deviendrait-il pas l'un des artistes associés d'un prochain Festival d'Avignon? Il n'a jamais joué dans la Cour et avoue rêver du lieu... Cqfd?

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