Robert Lepage, en solo, interroge la persistance des souvenirs à travers le numéro poétique 887 , là où se trouvent son enfance, sa mémoire.

"Persistance de fragments futiles, oubli de l’essentiel, comment la mémoire fonctionne-t-elle ? Mystérieuse et infidèle, affective et vive, poétique et précise, elle est à l’ère du numérique en profonde mutation. « À quoi nous sert-il de nous rappeler ? De quelle façon le théâtre fondé sur l’exercice de la mémoire, est-il toujours pertinent aujourd’hui ? » Dans une scénographie intimiste qui se transforme et se dévoile sous nos yeux au gré de ses souvenirs, Lepage s’offre un territoire expérimental et ludique pour ses recherches sur la mémoire. Après l’emblématique Les Aiguilles et l’opium , 887 est l’occasion de voir Robert Lepage au plateau, dans le dernier de ses solos qui ont fait sa réputation." Mélanie Jouen

887 L'enfance de la mémoire de Robert Lepage
887 L'enfance de la mémoire de Robert Lepage © Erick Labbe

Entretien avec Robert Lepage

Jean-Louis Perrier Comment s’est effectué votre choix entre ce qui devait ou pouvait passer à la scène et ce qui ne le pouvait pas ?Robert Lepage : Tout mon récit est articulé par un travail de retour en arrière vers les années 1960, celles de mon enfance. J’ai dû faire un tri important dans mes souvenirs, de l’âge de deux ans et demi jusqu’à douze ans et demi. Plein de choses sont réapparues en essayant de retrouver la grande histoire autant que la petite histoire. Car j’ai essayé, comme dans la plupart de mes spectacles de croiser ces deux niveaux et de m’interroger sur ce qu’était le Québec dans les années 1960.J.L P : Ce n’est donc pas seulement pour vous-même, pour votre propre mémoire, que vous revenez sur l’époque, mais aussi pour la mémoire collective du Québec ?R. L . :Le débat actuel vient en écho à celui des années 1960. Mais à l’époque, il était beaucoup plus axé sur les questions de lutte des classes, de rapports sociaux [...]. Les grandes luttes du Québec dans les années 1960 ressemblaient plus à ce qui se passait en Europe, où commençait la décolonisation, avec ces pays qui essayaient de s’affranchir du joug impérialiste. Dans 887 , j’essaie de ramener ça, mais vu à travers les yeux d’un enfant. J.L P : C’est là que vous en venez au poème de Michèle Lalonde , Speak White , qui condense ces questions.R. L. :Le poème a été écrit en 1968 mais a été lu et enregistré en 1970. Il a été la cristallisation du mouvement d’insatisfaction des Québécois francophones. Il fait la synthèse de cette lutte de classes, de ce rapport à la langue et de ce rapport à l’identité. Ce poème a été déterminant. Je m’en sers comme colonne vertébrale du spectacle. Je me joue moi-même lorsque je suis invité à célébrer le 40e anniversaire de sa lecture publique et que je me rends compte que j’ai un problème de mémoire. [...] Qu’est-ce que le théâtre si ce n’est un sport de la mémoire ? Ça, c’est le prétexte du spectacle. Il m’amène à des allers-retours dans mon passé pour trouver des éléments auxquels me raccrocher.J.L P : Quelle est la place de l’autofiction dans votre travail ?R. L. :Les histoires, les personnages, les contextes, les situations sont tous vrais. Certes, le conteur ou le poète se doit d’enjoliver les choses. La licence poétique permet de mentir un peu ou d’exagérer certains liens pour que la pièce soit ce «mensonge qui dit la vérité», comme disait Cocteau .J.L P : N’y a-t-il pas une dimension de réconciliation avec votre propre histoire et avec l’histoire du Québec ?R. L. :C’est exactement ça, c’est le bon terme, se réconcilier avec son propre passé. Oui, on veut changer le monde, oui, on veut une meilleure société pour tout le monde, mais il ne faut pas oublier le passé.Extrait de l’entretien avec Jean-Louis Perrier

Distribution

Conception, mise en scène & interprétation Robert Lepage Direction de création & idéation Steve Blanchet Dramaturgie Peder Bjurman Assistance à la mise en scène Adèle Saint-Amand Musique originale & conception sonore Jean-Sébastien Côté Conception des lumières Laurent Routhier Conception des images Félix Fradet-Faguy Collaboration à la conception du décor Sylvain Décarie Collaboration à la conception des accessoires Ariane Sauvé Collaboration à la conception des costumes Jeanne LapierreDans le cadre du Festival d'Automne à Paris

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