Au "Masque et la plume" consacré au théâtre, André Degaine tenait son rôle, au premier rang. Il prenait souvent le micro pour donner son avis sur une pièce après le débat critique. Son opinion avait une valeur inestimable, car celui que ses amis surnommaient "le spectateur absolu" se souvenait de moulte mises en scène, depuis les années 50. Une vie liée au théâtre. Une passion, une union brûlante entre le répertoire et lui. C'est à la poste qu'André Degaine avait travaillé pour vivre. Mais le soir, la vraie vie commençait. Il allait au théâtre (il avait même joué et mis en scène ses collègues de la poste!).André parlait surtout avec admiration de Vilar et du TNP. "Nous sortions des représentations avec le texte de la pièce. Dans le livre blanc, il y avait un coupon nous proposant de revenir chercher les photos, quelques jours plus tard. A chaque fois, devant le TNP, nous reparlions du dernier spectacle de Vilar". Intarissable sur sa découverte des classiques par le biais du TNP, il exprimait aussi son souvenir des mises en scène de Jouvet, Dullin, Planchon ou Chéreau. Sa mémoire était exceptionnelle. Degaine avait aussi un joli coup de crayon. Il a donc illustré ses souvenirs dans "l'histoire du théâtre dessinée, de la préhistoire à nos jours", chez Nizet, préoccupé de transmettre aux jeunes cette mémoire vive. Admirant l'ouvrage, Jérôme Garcin l'avait invité à participer au "Masque". Cette invitation était devenue permanente. Ses interventions précises et passionnantes étaient attendues des auditeurs et même souvent applaudies par le public du studio 105, le jeudi soir. Lors d'un déjeuner à Avignon, André m'avait conseillé un Ionesco, "la Photo du colonel", "parce qu'il y a dans ces nouvelles toutes les pièces à venir du dramaturge". Il m'avait expliqué aussi la manière simple dont il faisait découvrir "le Cid" aux enfants. En résumant l'action, en l'adaptant à leur univers, il parvenait à les tenir en haleine. "C'est facile de transmettre le goût du répertoire aux jeunes, il suffit de leur raconter une histoire!" Avec ses lunettes aux bords argentés et sa petite veste marron clair, André Degaine était un conteur merveilleux. Il vient de mourir à 83 ans et nous sommes tristes.Ses obsèques ont lieu mercredi 2 à 16h15 au Père Lachaise.

andré
andré © Radio France
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.