La pluie a l'intention de s'inviter au festival. Temps gris, ciel menaçant. Au café, on lit Vaucluse Matin et Libération qui titrent en choeur : "Libérée". Peut-être un jour Ingrid Bétancourt sera-t-elle l'héroine d'une pièce du off? En attendant, les milliers d'acteurs, de techniciens et de musiciens qui tentent de se faire connaître dans la cité des Papes s'arment de ficelles et usent du système D pour que leur affiche soit la plus regardée et la plus attractive (mais comme elles sont laides, cette année encore!)A regarder celles qui commencent à recouvrir les murs, les vitrines et les lampadaires, Tchékhov figure toujours en tête des auteurs les plus joués, avec Molière, Shakespeare et Marivaux. Parfois, les titres des oeuvres contemporaines s'avèrent peu engageants, comme "Gastriste érosive". Beurk! Les comiques tentent leur chance, en duo ou en solo. Tandis que le clown quinquagénaire américain, Buffo, alias Howard Butten, adopte le pas lent du provençal qui se préserve de la chaleur (car il fait gris mais chaud) sans se soucier du regard des festivaliers qui débarquent.Côté in, les visages sont déja fatigués, c'est la fin des répétitions. Arthur Nauzyciel qui présente "Ordet", de Kaj Munk, traduit par Marie Darrieussecq, au Cloître des Carmes, a passé 5 nuits de répétition artistique et technique. Couché à 5 heures du matin, 5 fois de suite, il émerge vers 13 heures et apparaît place des Carmes en tee shirt blanc et bermuda, dans un semi coma, mais il retrouve un sourire d'enfant quand il évoque le travail qu'il va présenter.Le spectateur, lui, avant de s'asseoir à partir de demain dans les salles, peut lire "Conversation pour le Festival d'Avignon", chez POL. Le livre est gratuit. Il rassemble les conversations que les deux directeurs du festival du "In" ont eu avec les deux artistes associés de cette édition 2008, Roméo Castellucci et Valérie Dréville. Le premier propose trois spectacles autour de "la Divine comédie" de Dante, la seconde est très présente et ouvre notamment le Festival avec "le partage de midi" de Claudel, dans la Carrière Boulbon. Lecture complexe : le livre est parfois passionnant, parfois insupportable. Castelluci confisque la parole et s'embarque dans des considérations souvent verbeuses, ce qui surprend d'ailleurs de la part d'un artiste qui privilégie l'écoute et l'image sur scène. Quand il affirme sa passion de l'acteur qui possède la capacité "d'utiliser la honte en la surmontant", on a envie de crier... Mais quand Valérie Dréville, qui joua sous la direction de Vitez "le Soulier de Satin" en 1987, relate son lien ténu avec le Festival et s'interroge sur le métier d'acteur, l'envie de vivre cette nouvelle édition revient au galop.

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