Le maître allemand Frank Castorf réunit la plus racinienne des tragédies et des textes du poète Antonin Artaud.

Frank Castorf - Bajazet
Frank Castorf - Bajazet © Mathilda Olmi Théâtre Vidy-Lausanne images de répétitions

Frank Castorf, figure emblématique du théâtre allemand, revisite, en français, Bajazet de Jean Racine. Il confronte la pièce de l’auteur classique, auquel peu d’artistes non francophones ont tenté de se mesurer, à l’essai célèbre d’Antonin Artaud, Le Théâtre et la Peste, premier chapitre du Théâtre et son double.

Le consensus dans le théâtre a toujours été exactement ce que nous avons tenté de détruire par le conflit 

Frank Castorf 

Frank Castorf - Bajazet
Frank Castorf - Bajazet / Mathilda Olmi Théâtre Vidy-Lausanne images de répétitions

Dans ses adaptations magistrales de Dostoïevski, Boulgakov ou Céline, par exemple, Frank Castorf a défendu un théâtre de l’épreuve de la liberté, qui ne récuse ni les faiblesses, ni les lâchetés humaines, ni ses propres contradictions. 

En rapprochant Racine et Artaud, il révèle un point commun majeur des deux poètes français, qui n’est pas étranger à son propre théâtre opposé à la mièvrerie asservissante : la parole, l’ancre du théâtre, est le lieu crucial où se joue le cœur ardent de leurs œuvres. Elle est l’arme avec laquelle les héros de Racine explosent le carcan de leur situation contrainte pour laisser libre cours à leurs désirs. Pour Artaud, c’est par la réinvention du langage qu’il peut s’extirper de ce que la naissance, la société et la langue lui ont imposé, pour renaître à lui-même, but ultime de sa vie et de son art incandescent.

Frank Castorf -Bajazet
Frank Castorf -Bajazet / Mathilda Olmi Théâtre Vidy Lausanne images de répétitions

Bajazet se joue dans le huis clos du sérail de Constantinople, alors que le Sultan est absent. Pour chaque personnage, favorite, prétendante, frère ou vizir, l’amour véritable contredit les ambitions politiques, et la passion librement vécue est synonyme de mort. La tragédie expose l’esprit faillible des hommes et l’impossibilité des sentiments purs. 

En adaptant Racine, Castorf enjambe les siècles et rejoint deux auteurs majeurs dans une tragédies interprétée par Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin, Claire Sermonne, Mounir Margoum et Adama Diop. Il fait entendre en français un théâtre explosif où la parole est reine, dangereuse et parfois mortelle. Quand les désirs longtemps refoulés finissent par désintégrer les conventions sociales.

Sources MC 93

En partenariat avec le Festival d'Automne à Paris

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.