texte de Botho Strauss, mise en scène Benedict Andrews avec Cate Blanchett, Lynette Curran, Anita Hegh, Belinda McClory, Josh McConville, Robert Menzies, Katrina Milosevic, Yalin Ozucelik, Richard Piper, Richard Pyros, Sophie Ross, Chris Ryan, Christopher Stollery, Martin Vaughan

C’est Claude Régy qui, le premier, en 1982, fait connaître en français Grand et petit de Botho Strauss , collaborateur de Peter Stein qui, en 1978, crée la pièce – venue en France en version originale – à la Schaubühne de Berlin. Berlin Ouest, ville enserrée dans la RDA, où l’on imagine volontiers l’errance de Lotte, la jeune femme qui tente en vain de trouver sa place, se heurte à des gens fermés sur eux-mêmes, seule, de plus en plus seule sans pour autant perdre espoir… Avec Claude Régy elle était Bulle Ogier, avec Peter Stein, Edith Clever. À présent, c’est Cate Blanchett, qui, avec le metteur en scène australien Benedict Andrews, nous entraîne sur les pas de Lotte, et nous fait connaître la version anglaise de la pièce – dans la traduction de Martin Crimp. Alors, le problème se déplace. Comme d’ailleurs, depuis les années 70, s’est déplacée la situation de Berlin, de l’Europe, comme ont évolué les modes de vie. L’histoire se passe aujourd’hui dans un hôtel marocain où Lotte, touriste sans plus d’argent, sans plus personne à qui parler, se parle à ellemême, écoute les échos de la vie qui lui parviennent de derrière les fenêtres…Colette Godard

Big and small
Big and small © Lisa Tomasetti 2011

La pièce

«Grand et petit, tel est donc, directement et simplement traduit de l’allemand Gross und klein, le titre de cette pièce de Botho Strauss que nous vous proposons à Villeurbanne avant l’été et que nous reprendrons à l’automne à Paris et dans quelques villes.Ample et vaste, cette oeuvre s’étale dans l’espace et s’installe dans le temps . Du délire d’un long monologue initial jusqu’à la rupture fatale d’un dialogue en six répliques, elle se déroule, s’articule et se décompose en scènes inégales, grandes et petites, à leur tour fragmentées en petits instants de théâtre et de vie. Sur la scène et sous nos yeux, Lotte, nomade moderne à la dérive, parcourt notre vaste univers, des sables de l’Afrique aux dunes de la mer du Nord, horizons illimités que pourtant des parois d’acier, de verre et de béton divisent en cellules individuelles, petits îlots de solitude. Sur la lande de Lunebourg que chantèrent les poètes, un soir, elle établit son campement, au bord de la grand-route, dans une cabine téléphonique…

Hier encore simple dessinatrice indépendante à Sarrebruck, Lotte traverse l’Allemagne de l’Ouest des années soixante-dix où elle côtoie naïvement grands et petits, divas raffinées de la haute société, enfants en perdition d’une bourgeoisie libérale délitée, émigrés en mal d’exil, marginaux paumés…

Big and small
Big and small © Lisa Tomasetti 2011

Abandonnée par l’être qu’elle chérit, lotte la mal-aimée inlassablement cherche la petite fille qu’elle fut et l’homme qu’elle perdit. Pas à pas, scène après scène, elle quitte le petit monde sentimental du courrier du coeur et s’enfonce dans la grande solitude. Elle atteint les frontières de l’existence, éprouve la coupure de soi-même avec les autres, de soi-même avec soi-même, et sent la grande séparation cosmique. Pâle clocharde aux vêtements fanés, aux cheveux blanchis, ange dégoûtant, elle se met au service de l’éternel.Avec cette oeuvre faite de fragments sensibles de la réalité contemporaine organisés en un récit linéaire et ramifié, faite de lambeaux d’épiderme arrachés à la vie et juxtaposés avec art et sans hiérarchie, faite enfin d’éclats de langage qui se répondent en écho, Botho Strauss, dans l’infiniment petit nous désigne l’infiniment grand, fidèle ainsi aux penseurs et aux poètes qu’il s’est donné pour guides.

Et puis, il écrit pour les acteurs, et c’est pour eux qu’il crée toute une constellation singulière et précise de petits rôles délicats pour grand talent, c’est pour une grande actrice qu’il trace cette courbe belle et grave que suit Lotte aux confins de l’amour, de l’illumination et de la détresse extrême.»Michel Bataillon, Programme de Grand et petit, Archives TNPVilleurbanne.

Interview de Cate Blanchett

En France, on vous connaît par le cinéma. Pourtant vous jouez également beaucoup au théâtre, quels sont vos grands souvenirs ? CATE BLANCHETT: J’ai suivi une formation à l’Institut national d’art dramatique dans l’espoir de faire carrière sur les plateaux de théâtre. Je n’avais aucun plan ni aucune attente par rapport au cinéma. Ainsi, les opportunités que j’ai eues dans ce domaine ont été plutôt une agréable surprise. L’un des premiers rôles que j’ai décroché était dans la pièce Oleanna, avec la Sydney Theatre Company, où je donnais la réplique à Geoffrey Rush. Ce fut un véritable tournant pour moi.

 Big and Small, Robert Menzies, Cate Blanchett, Lynette
Big and Small, Robert Menzies, Cate Blanchett, Lynette © Lisa Tomasetti

Comment définiriez-vous votre «Sydney Theatre Company»? Est-ce une institution officielle ? Quelle est sa place enAustralie et dans le monde ? C. B. : La Sydney Theatre Company est le plus grand théâtre public en Australie. Nous présentons environs vingt productions par an, grâce aux quatre plateaux dont nous disposons et à nos programmes de développement artistique et de médiation culturelle. Nous visons l’excellence et l’élargissement de nos publics, ce sont nos engagements. Nos pièces tournent également beaucoup, en Australie et dans le monde entier. La Sydney Theatre Company a été fondée au début des années 80. Parmi les comédiens qui y travaillent régulièrement citons Hugo Weaving, Judy Davis, Geoffrey Rush, Miranda Otto et Toni Collette. Parmi les metteurs en scène avec qui nous avons récemment commencé à collaborer: Barrie Kosky, Benedict Andrews, Liv Ullmann, Tamas Ascher et Steven Soderbergh.Votre personnage, Lotte, que cherche-t-elle dans son errance sans fin? C. B. : Abandonnée par son mari pour des raisons inexpliquées, elle décide de traverser l’Allemagne à la recherche d’union, de communion et d’un endroit où elle pourraitêtre utile.

Big and small
Big and small © Lisa Tomasetti 2011

Botho Strauss a écrit Grand et Petit à Berlin-Ouest, demi-ville encerclée par le mur, au milieu de la RDA. Aujourd’hui,la situation a totalement changé, et l’Australie est un vaste continent… Est-ce que cela modifie le sens de la pièce?

C. B. : Ce qui est magnifique dans Big and Small, c’est qu’il ne s’agit pas là de Berlin en 1978. La pièce utilise cette particularité comme un tremplin pour créer des images en résonance. Par exemple, la description de Berlin comme une entité divisée, au milieu d’un environnement hostile, qui est contenue dans votre question, saisit de façon merveilleuse la sensation d’isolement et de solitude explorée aussi profondément dans la pièce. Le désert et la sauvagerie où voyage Lotte ont un écho très puissant dans l’imaginaire de gens comme nous, qui habitons l’Australie, pays très vaste et relativement peu peuplé. Mais les métaphores véhiculées par ces images nous paraissent universelles. Big and Small est un classique car la pièce existe à la fois dans le temps spécifique où elle a été créée et en dehors du temps en général.

Comment avez-vous rencontré Benedict Andrews ?Pouvez-vous nous parler de son parcours ? C. B. : Travailler avec «Benno» a été une révélation pour moi, en tant qu’actrice. Il m’a choisie pour le rôle de Richard II dans sa mise en scène de La Guerre des roses et maintenant nous allons travailler ensemble sur quelque chose de complètement différent. Son travail est très rigoureux d’un point de vue intellectuel, sans tomber pour autant dans l’académisme, et toujours très profondément émotionnel.

Est-ce impressionnant de jouer en anglais à Paris ? (Qu’estce que vous éprouvez à l’idée de jouer en anglais à Paris ?) C. B. : Rencontrer de nouveaux publics est le cadeau extraordinaire que nous offrent les tournées. Leurs diverses références culturelles nourrissent le travail en amplifiant sa signification et en questionnant son universalité. Un texte allemand, dans son adaptation anglaise, mis en scène et interprété par des Australiens.Propos recueillis par Colette Godard traduction Alice Mosca

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