Spectacle au Studio-Théâtre de la Comédie françaiseChansons déconseillées, mise en scène de Philippe Meyer,

« Pas avant 22 heures » : ainsi était formulée à la radio la condamnation de telle ou telle chanson à une diffusion restreinte. C’était le premier degré dans la sévérité, avant le terrible « Pas avant minuit », qui, lui-même, valait toujours mieux que l’implacable interdiction de diffusion.

Rien n’est plus changeant que les mœurs et il nous est souvent difficile, voire impossible, de comprendre aujourd’hui quelles sensibilités ont pu être bousculées naguère par une chanson, quelles préventions, jadis, ont pu peser sur tel répertoire, quelles méfiances a suscitées tel interprète et quelle proscription a méritée telle ritournelle. Chacun, qu’il l’approuve ou non, saisit pourquoi un gouvernement a pu interdire LeDéserteur pendant la guerre d’Algérie, quelles pudeurs s’opposaient à la programmation de chansons de salles de garde ou quelles réticences ont valu à des refrains engagés de n’être diffusables qu’au coeur de la nuit. On se montrera plus surpris, voire incrédule, en apprenant que Je ne crois plus au Père Noël interprété par Lucienne Boyer fit l’objet en 1940 d’une mesure de relégation, tout comme Le Sénateur chanson de Béranger (pourtant écrite en 1813), interprétée en 1952 par Germaine Montero. Pour nourrir votre étonnement, ajoutez à la liste La Gavotte des bâtons blancs etQuelqu’un (un poème de Prévert mis en musique par Pierre Philippe) enregistrés par Les Frères Jacques en 1949 et 1950, Complainte, de Raymond Queneau, Ma mère était espagnole , de Jacques Debronckardt, Chandernagor , de Guy Béart,Le Général à vendre , de Francis Blanche (en 1954), et quantité d’autres chansons, certaines signées des plumes les plus poétiques et les plus célébrées. Le programme de ce cabaret consiste donc en une plongée dans ces chansons déconseillées, voire censurées. Il fera leur part à tous les genres, comme les titres cités plus haut le montrent, en privilégiant la diversité des thèmes, des humeurs et des styles, ainsi que les découvertes ou les redécouvertes. Les deux précédents cabarets ont montré le fort engouement du public, tous âges confondus, pour un tel parti pris. En contrepoint, nous glisserons une poignée de chansons que leurs interprètes, au prix de rusés détournements et de subtils jeux avec les doubles sens, ont réussi à faire passer au travers de la vigilance des censeurs.

Philippe Meyer, juin 2011

Chansons déconseillées
Chansons déconseillées © Cosimo Mirco Magliocca

Les cabarets de Philippe Meyer à la Comédie-Française

Par Florence Thomas, archiviste-documentaliste à la Comédie-Française

Depuis 2007, les comédiens de la troupe interprètent régulièrement des chansons pour l’émission de Philippe Meyer sur France inter La prochaine fois je vous le chanterai .

En 2009, l’aventure s’est prolongée au Studio-Théâtre devenue scène de cabaret sous la direction artistique du même Philippe Meyer et celle, musicale, de Pascal Sangla ; une trentaine de morceaux célèbres ou méconnus rendant hommage à la chanson française furent interprétées par six comédiens, accompagnés au piano.

Face au succès de ce spectacle musical, à l’automne 2010, un cabaret, intitulé Chansons des jours avec et des jours sans, fit découvrir ou réentendre au public du Studio-Théâtre, des chansons évoquant la crise de 1929 et se mêlant à d’autres, gaies et inventives, des trente glorieuses.

Ce projet se poursuit cette saison par deux cabarets ; le premier Chansons déconseillées du 15 septembre au 30 octobre 2011 au Studio-Théâtre, le second réunissant les interprètes des trois spectacles cabarets et intitulé Nos plus belles chansons dans le Théâtre éphémère du 1er au 16 juillet 2012.

Ces spectacles ont également fait l’objet de l’édition de deux CD par France Inter.

F. T., juin 2011

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