Un peu de tendresse bordel de merde !

Avec franchise et autodérision

« On ne peut pas plaire à tous » , prévient dave st-pierre. en trois pièces généreusement démesurées, le chorégraphe montre en tout cas qu’il « déteste la tiédeur » .Je déteste la mièvrerie. Je déteste la tiédeur. On ne peut pas écrire sur une pièce avec des mots sans verve, des mots qui ne disent rien, qui parlent du vide. Je crée avec mes tripes et inévitablement, lorsqu’un texte s’y colle, il se doit d’être viscéral.Je suis probablement un des seuls créateurs qui ait écrit lui-même son texte de présentation. Certes, j’ai une grande gueule qui ne s’en laisse pas imposer, qui perturbe, qui résonne. Il ne faut pas laisser les autres venir piétiner nos âmes, nos désastres et nos bons coups. Nous sommes capables de le faire nous-mêmes.Mes pièces parlent d’amour, de haine, de mort, et elles ne sont pas des objets commerciaux avec lesquels on peut faire de l’argent ou de petites choses qu’on peut déconstruire pour le plaisir de l’un ou de l’autre. Elles viennent avec les coups faciles et les coups bas, les flatteries, la gratuité des propos, la profondeur, la superficialité, l’ironie, les coups de gueule, les grimaces, le cliché, la monstruosité, le manque de recherche chorégraphique, la caricature démesurée, la provocation juvénile, le sauvage et l’indomptable.Il faut les voir et les sentir avec son coeur d’enfant et paradoxalement, il faut pouvoir flirter avec les côtés plus sombres de la connerie humaine. Il faut être prêt à se donner des baffes, fouiller dans un corps, entrer en collision, survivre, vivre, sourire, pleurer, douter et s’ouvrir.

J’adore trop mon métier pour offrir de la purée de merde aux gens. La purée c’est pour les morts. Je le fais avec tout ce que je suis, avec franchise et autodérision.On ne peut pas plaire à tous et j’ai le devoir de rester intègre envers mes interprètes, mes désirs, mes valeurs et mes contradictions.Dave St-Pierre

Un peu de Tendresse bOrdel de merde !

Sabrina vous le dira : « Je suis un humain beaucoup plus intelligent, beaucoup plus ceci, beaucoup plus cela, depuis que j’ai laissé toute cette merde de taureau de tendresse loin derrière moi. »Sinon, le reste du monde, lui, subit les assauts de l’amour. Ils suent, ils se fracassent les uns contre les autres, ils s’éclatent la gueule à coups de refus, ils hurlent, se demandent incessamment de bien vouloir les toucher, même du bout des doigts. T’as rien compris, je vais me péter la face si tu ne fais rien. On demande cette tendresse comme on peut, comme on nous l’a appris, à coup de fellations, de sperme qui déborde de notre bouche, le cul bien dans les airs et qui quémande, l’oeil un peu vide, mais toujours souriant pour ne pas faire fuir les prétendants.

Un peu de tendresse bordel de merde !
Un peu de tendresse bordel de merde ! © Dave Saint-Pierre

À force de se faire cracher dessus, de se masturber dans une forêt noire, de « wanna see my big fat pussy ? », ils finiront par comprendre que… j’avais tort et que merde, j’ai juste envie d’un dodo collé.Les pulsionsBlow: Souffler. Faire sauter. Coup.Spin: Faire tourner.Dash: Lancer. Flanquer par terre. Briser. Se heurter. Se précipiter.Élan. Fougue. Attaque.Spit : Cracher. Crachat.Guts : Entrailles.Pitch: Ton. Dresser.Smash: Briser. Écraser. Fracas. Collision.Crash : Atterrissage brutal. Collision. Tomber avec fracas.S’écraser sur le sol.Ces mots me reviennent frénétiquement à l’esprit. À utiliser outre mesure, sans compter.

Un peu de tendresse bordel de merde !
Un peu de tendresse bordel de merde ! © Dave Saint-Pierre

Démarche artistique

Je suis facilement impressionnable. Le name dropping est pas mal la solution pour vous décrire ce qui m’impressionne et m’inspire : Catherine Breillat, Harmony Korine, Vincent Gallo, Bruno Dumont, Romeo Castellucci, Pippo Delbono, Jan Fabre, Lars Von Trier, David Lynch, Louise Lecavalier, Gene Kelly, Fred Astaire, Vera Ellen, Ann Margret et BeyoncéOn aime, ou on déteste.Mon mot-clé : foncer. J’ai lu une phrase sur facebook qui m’a beaucoup touché. Une seule phrase et tout est dit : « Le bonheur, ce n’est pas assez pour moi. Je demande l’euphorie ».Voici un peu de « bla bla » artistique pour faire plaisir à ceux qui ont tant besoin de comprendre le pourquoi du comment.J’essaie de m’inscrire dans le moment présent, l’ici. L’immé diateté.J’essaie de mettre en valeur le passé, de laisser une trace indélébile de ceux qui m’inspirent. L’erreur et l’excès sont les moteurs principaux. L’erreur est et sera toujours présente. C’est elle qui est responsable de l’ici et du maintenant. C’est l’erreur qui rend l’humain plus humain que nature. L’excès est viscéral. Je n’y peux rien, c’est là, dans mon esprit.

Un peu de tendresse bordel de merde !
Un peu de tendresse bordel de merde ! © Dave Saint-Pierre

J’essaie de rester ouvert à l’imprévu et à l’inconnu.J’essaie de faire confiance à l’instinct et aux accidents du présent. Je me laisse le droit de ne pas tout contrôler. Je m’oblige ainsi à redéfinir sans cesse mes paramètres de création, ma bien petite vision de ce qu’un spectacle doit dire, projeter, hurler. J’essaie de me mettre en danger . Le corps devient une réalité déconcertante et s’installent dès lors cette faiblesse, cette précarité qui font que l’on se sent profondément humain.Je travaille donc avec ce sentiment de peur qui se mêle à la frustration et au mécontentement, mais qui rime avec surprises et découvertes. Devant ce fait, il ne me reste qu’à créer. Créer ce qui me parle, ce qui me donne la chair de poule, ce qui me fait pleurer, me fait rire, ce qui me fait enrager, me fait douter, me fait du bien comme du mal. Je veux être excité, déstabilisé, percuté.Mais, par-dessus tout, trouver la façon pour que tous ces verbes puissent aussi venir toucher mes interprètes et le public. Ça ne sera jamais assez pour moi.Jamais assez vulgaire.Jamais assez chaotique.jamais assez violent.jamais assez virulent.jamais assez animal.jamais assez humain.jamais assez perdu.jamais assez de cran.jamais assez intègre.J’essaie de rester intègre face à moi, mes désirs, mes valeurs et mes contradictions.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.