22h 30, sur une terrasse d'Avignon, s'élèvent les clameurs du dernier soir du festival "in".

Avignon josse
Avignon josse © Radio France / vjosse

La musique de Steve Reich s'échappe du lycée Saint-Joseph. Pas besoin de fermer les yeux pour se rappeler les corps des deux danseuses répéter des mouvements quasi mécaniques sur les boucles de l'américain. Parmi elles, dans "Fase", Anne Teresa De Keersmaeker qui créa ce ballet en 1983 et le reprend cette année, près de trente ans plus tard.

A plus de 50 ans, l'artiste impressionne par sa jeunesse, sa technique, sa rigueur et son art si mûrs, cette aptitude à marier le corps et la musique comme elle l'a fait à l'aube aussi cette année, dans la Cour d'Honneur, avec "Cesena": des chanteurs spécialistes des chants médiévaux du 14è siècle se sont unis avec les danseurs de la compagnie flamande "Rosas" sur un plateau immense, inventant des correspondances entre la voix et le mouvement.

cesena
cesena © Radio France / vj

La Cour où Daho et Moreau ont chanté la poésie du "Comdamné à mort" de Genet, où Cassiers a sublimé le chant de Jeanne et Gilles avec un hommage inoubliable au lieu mythique ("Sang et Roses"), où Charmatz, artiste associé de cette 62è édition, a mélangé les corps de danseurs adultes et d'enfants débutants, les uns manipulant les autres à tour de rôle, pendus ou secoués par d'étranges machines ("Enfant").

On oubliera les déceptions, Binoche et Bouchaud excellents dans "Mademoiselle Julie" mais contraints d'évoluer dans un décor bourgeois (est-on chez Yasmina Réza ou chez Strindberg?) où les conflits de classe sont étouffés, Wajdi Mouawad incapable de diriger ses acteurs dans "Des femmes", projet boiteux que l'absence de Bertrand Cantat vide de sa substance, Angelica Liddel dont le narcissisme ne rend pas le propos universel.

Se souvenir plutôt des belles choses, Arthur Nauzyciel amenant sur un plateau la réflexion majeure de la transmission de la mémoire de la shoah dans "Jan Karski", Patrice Chéreau magnifiant la poésie de Jon Fosse, deux hommes qui sombrent sur un bateau ou la métaphore de la fragilité de la vie, comme le fils nettoyant les fesses de son père chez Roméo Castellucci, où le regard du Christ n'empêche pas, hélas, l'inexorable déclin du corps humain. S'aimer tout de même? Oui, même si l'amour passe par les cris et la colère. Querelle d'un couple chez Pascal Rambert, déluge de mots douloureux comme des coups dans "Clôture de l'Amour" ou cris d'amour-haine de Hamlet pour sa mère dans le sanglant, boueux et tonifiant "Au moins j'aurai laissé un beau cadavre" de Vincent Macaigne. Bruit et fureur, l'édition 2011 s'impose et marque.

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