"Des écrivains parlent d’argent", le très attendu nouveau spectacle de Fabrice Luchini, est passé au crible des critiques du Masque et la Plume... et ne fait pas l'unanimité.

Fabrice Luchini lors d'un de ses spectacles précédents
Fabrice Luchini lors d'un de ses spectacles précédents © Maxppp / La Voix du Nord

Fabrice Luchini teste ce spectacle de théâtre en théâtre depuis le printemps ; il arrive aux Bouffes Parisiens cet automne.

Sur le thème de l’argent, Luchini convoque des écrivains de tous les temps, dont certains lui ont, dit-il, été révélés par l'économiste Dominique Reynié. De Sacha Guitry à Pascal Bruckner, de Zola à Péguy, de Marx à Jean Cau, de Pagnol à Cioran : l’argent inspire Luchini, dont l’enfance fut rythmée par ce moment quotidien où son père faisait la caisse de son magasin de fruits et légumes...

Fabienne Pascaud : "un spectacle qui m’a gênée et agacée"

Fabrice Luchini excelle dans la discussion avec le public. Il excelle aussi à mettre en scène des spectacles qui sont un peu sans queue ni tête, où il nous parle souvent de l’émotion des grands textes. Là, il s’attaque à l’argent : c’est une obsession pour lui… Mais bon, c’est l’obsession de beaucoup de gens. Il prend des textes totalement disparates ; on ne voit pas ce qu’il veut dire à propos de l'argent. 

Il ne sait pas aussi bien parler de Péguy que de Céline : tout ce qu’il peut y avoir  d’émouvant et de bouleversant dans Péguy, ça lui passe complètement au-dessus de la tête.

J’ai surtout été très gênée et très agacée par le fait que Fabrice Luchini se vante d’avoir gagné au théâtre Montparnasse plus de 35 000 euros par soir : comme ce sont tous des auteurs qui sont dans le répertoire et comme il n’y a quasiment pas de mise en scène, on voit ce qu’il peut toucher à lui seul… Devant des spectateurs qui sont comme vous et moi, il parle de ses problèmes d’argent.

Il dit, le pauvre garçon, qu’il a eu peur de perdre un million au moment de la crise des subprimes en 2008, je trouve ça obscène !

Comme je trouve obscène qu’il se vante que Macron vienne le voir. Comme il frétille comme un paon que François Hollande aille le voir. C’est vraiment le parvenu qui est émerveillé d’avoir de l’argent !

Fabrice Luchini a du talent mais là je dois dire que ça me dégoûte.

Vincent Josse : "Luchini est Harpagon qui se met en scène !"

Ça pourrait être obscène mais je ne l’ai pas ressenti comme ça. Au contraire, il est désarmant parce qu’il dit tout, il n’a aucune auto censure. 

Il joue franc jeu : il a de l’argent… On sait qu’un acteur qui marche bien gagne de l’argent et il n’en fait pas mystère. Ce qui l’intéresse, c’est de raconter son rapport à l’argent et peut se retrouver, en dehors des sommes qu’il annonce, dans cette peur de l’économie

Il se rend compte qu’il ne comprend rien du tout à cette crise de 2008. Il a la chance de pouvoir appeler des économistes et dîner avec eux, et là le type lui dit “J’espère que vous n’avez pas votre argent à la Société Générale” et il se trouve que tout son argent y est. Donc il en fait quelque chose. Il se met à dire qu’il est allé cherche un gros chèque dans cette banque et déposer son argent dans 11 banques à Paris. Sa manière de le dire est très drôle. C’est-à-dire qu’il a un sens du rythme, un sens de la scène, un sens du récit aussi…. A sa façon il est auteur aussi : il est Harpagon qui se met en scène !

Armelle Héliot : "désarmant et candide"

Candide parce qu'il ne peut même pas imaginer que des spectateurs puissent s’énerver à l’entendre. Il est là : enfin, il ose parler d’argent, il se moque de lui-même. Dans toute la tirade de 2008, il se montre comme un benêt.

Peut-être certains textes sont trop pris dans une grande lessiveuse, dans son désir de montrer qu’il y a beaucoup d'écrivains qui ont parlé d’argent. Ça reste un moment formidable, on s’amuse. 

Et puis, qui n’a pas peur de perdre ses petites économies, même si elles sont minuscules ?

Jacques Nerson : "un numéro de clown intelligent, vraiment génial"

En 2008, Luchini devient accro à l’émission C’est dans l’air : tous les jours, il lui faut regarder Yves Calvi. 

Ce sont des textes intéressant mais ce ne sont pas des textes poétiques, certains n’appartiennent pas à la grande littérature (Marx). Ce n’est pas de la démagogie c’est un numéro de clown intelligent, vraiment génial.

Quand il prend la parole en son nom, je le trouve meilleur que quand il dit les textes des autres...

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