D’après Mozart Mise en scène David Marton sur une idée de David Marton, Jan Czajkowski, Dag Kemser, Alissa Kolbusch

Avec Jan Czajkowski, Daniel Dorsch, Marie Goyette, Christian Jenny, Kalle Kalima, Theresa Kronthaler, Yelena Kuljic, Julian Mehne, Nurit Stark, Yuka Yanagihara

Don Giovanni aujourd’hui : une femme. Leporello un intellectuel coincé, l’orchestre réduit à trois musiciens. Fusion de la musique et du théâtre, du classique et du jazz, du livret de Da Ponte et de textes de Sade... un jeu de rôles lucide et sensuel, un classique qui laisse derrière lui les conventions.

Don Giovanni. Keine Pause
Don Giovanni. Keine Pause © David Baltzer

Déshonorer des femmes, poignarder des pères, aller en enfer, déshonorer de nouvelles femmes, poignarder d’autres pères – l’escroc de Séville traverse sans s’arrêter les siècles. Faire halte, cela signifierait suspendre le temps... lui se place hors du temps, et devient ainsi étranger au corps social. Se soustraire à toutes les attaches est une négation : le plaisir ne vaut que pour son présent, goûter l’instant et le voir s’évanouir ne font qu’un. Don Giovanni rompt le continuum du temps pour en faire l’accumulation infinie de moments fugaces et interchangeables. Son aspiration à la liberté est radicale et séduisante, mais par là même sa solitude est complète. Ainsi, il fut longtemps l’exemple à ne pas suivre dans la tragédie édifiante espagnole, avant que Molière ne comprenne que meurtres et mensonges sont le bois dont on fait les comédies.

De l’opéra de Mozart, David Marton nous offre une adaptation à la fois drôle, sensuelle et déroutante. Pour le metteur en scène, théâtre , musique et opéra s’enrichissent mutuellement.Le résultat, qui dépasse les frontières entre les genres artistiques, est une composition libre où violon, piano et guitare électrique accompagnent une errance moderne des voix et des corps.

Don Giovanni. Keine Pause
Don Giovanni. Keine Pause © Jelena Kuljic

On ne retrouvera pas dans Don Giovanni. Keine Pause mis en scène par David Marton, l’effet mode et strass de la version Sellars que nous avions invitée avec René Gonzalez à la MC93 en 1989. D’abord parce que Marton est musicien, et qu’il a créé ce « divertimento » avec sa bande - la merveilleuse violoniste Nurit Stark, son condisciple le pianiste Jan Czajkowski, la soprano Yuka Yanagihara - dans le circuit alternatif (Sophiensaele de Berlin) et qu’il joue avec tendresse de la merveille de Mozart sans jamais vouloir nous en mettre plein les mirettes.

Enune heure et quinze minutes , vous vous en doutez : vous n’assisterez pas à l’intégrale de l’oeuvre. Ce qui n’empêche pas Marton d’ajouter quelques touches d’humour parfois très... pédagogiques. Classe d’Italien pour la canzonetta « deh vieni alla finestra » dirigée par la mezzo soprano Theresa Kronthaler, visite à la boutique Prada pour Zerlina préparant ses noces... Quant à Don Giovanni, elle est serbe (Yelena Kuljic) chante génialement Nature Boy de Nat King Cole accompagnée à la guitare électrique par Kalle Kalima (qui est Finlandais) ou à l’accordéon dans une scène qui semble débarquée d’un bon film de Kusturica. Mais Don Giovanni est bien une histoire d’homme, de mâle même, soulignée par des emprunts, aux côtés de Da Ponte, à Sade. Une histoire de désir, de sexe, parfois lamentable comme la musique de Love Story qui vient à point nommé nous rappeler que la musique de la vie n’est pas toujours celle de Mozart.Patrick Sommier

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