J’ai dû rater un certain nombre de choses…

Du ciel tombaient des animaux
Du ciel tombaient des animaux © Giovanni Cittadini Cesi

Elles sont âgées, les quatre dames assises là. Un jardin d’été, des après-midis à thé, elles discutent. Aucune nostalgie, mais un dialogue vif, cru, rapide. Quatre grandes figures de la scène saisissent les échanges de ces voisines. 

Ça fuse, échanges ludiques et cocasses. On parle des enfants, et des rages de dents. On chante. Le temps est passé, on se rappelle qu’au-dehors, il y a eu des bagarres et des histoires d’amour, une quincaillerie remplacée par un magasin bio, puis un McDo. Tout a fermé. Elles blaguent, rient beaucoup, racontent le monde comme il est, comme il va. Et la fin de tout, l’apocalypse peut-être, apparaît comme prophétisée. L’eau manquante, les déchets, les dérives chimiques, la surconsommation et l’activité frénétique, la faim ou la finance. 

Autrice contemporaine née à Londres, Caryl Churchill surprend dès les années soixante par un théâtre politique, féministe, truffé d’inventions formelles. Elle bouleverse encore la scène britannique jusqu’à Escaped alone, titre anglais et originel de la pièce qu’elle écrit à 78 ans et crée au Royal Court. Le metteur en scène Marc Paquien s’empare de ce quartet féminin, tac au tac diabolique. Il aime les actrices et les héroïnes, il a dirigé Dominique Blanc dans La Locandiera de Goldoni, Catherine Frot dans Oh les beaux jours de Beckett, il a mis en scène Molly Bloom, Antigone, Phèdre ou La Voix humaine. Ici, quatre grandes figures de la scène saisissent les échanges de ces voisines, amies et complices, Cassandres au rire acerbe. 

Du ciel tombaient des animaux
Du ciel tombaient des animaux / Giovanni Cittadini Cesi

►►► Extrait 

Le vent créé par les promoteurs immobiliers se mit à souffler au début comme une brise sur la joue puis très vite, fort à nous mettre la tête à l’envers. L’armée projeta des filets pour attraper les voitures volantes mais la plupart tournoyaient, des douzaines de personnes s’y cramponnaient en hurlant, et lâchaient prise les unes après les autres. Les immeubles quittèrent Londres pour Lahore, Kyoto pour Kansas City, et les survivants furent jetés en prison parce qu’ils n’avaient pas de passeports. Quelques uns dans le tourbillon montaient de plus en plus haut, les familles malgré le mal des airs prenaient des selfies au cas où d’aventure elles pourraient les montrer. Les bidonvilles furent rasés. Du ciel il pleuvait des animaux. Un chaton devint célèbre. 

►►► Distribution 

Sources Théâtre du Rond-point 

Du ciel tombaient les animaux
Du ciel tombaient les animaux / Giovanni Cittadini Cesi
Du ciel tombaient les animaux
Du ciel tombaient les animaux / Giovanni Cittadini Cesi
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