Dans le vacarme du vent et les cris des naufragés, une mer déchaînée lance sur les rivages d’Europe des peuples venus venger mépris, oppression et pillages longtemps subis.

Duc de Gothland de CD Grabbe
Duc de Gothland de CD Grabbe © Théâtre de l'épée de bois La Cartoucherie

Le monde occidental et chrétien vacille sous les coups des « barbares ». Mais celui qui les conduit de massacres en incendies, demi-mort ressuscité par la haine et le désir de vengeance, ne veut pas seulement détruire matériellement ce monde exécré qui l’a réduit en esclavage au prétexte de sa couleur de peau, lui déniant ainsi son humanité. C’est à une civilisation qu’il s’attaque, au socle même d’un ordre moral, social et politique qui se prétend supérieur aux autres. Il faut « démoraliser » ce monde pour l’abattre, plus sûrement que par le fer et parle feu.

Ce texte n’est pas contemporain. Il a été écrit il y a près de deux siècles par un jeune homme de 21 ans, Christian Dietrich Grabbe. Théodore, duc de Gothland est sa première pièce. D’emblée, il est reconnu par un des plus grands poètes de son temps, Heine, comme un génie.

Frère voyant de Rimbaud, bateau ivre, aussi au sens littéral, Grabbe écrit avec Gothland sa Saison en Enfer. Son Detmold natal est pire que Charleville et l’Allemagne de l’après Congrès de Vienne semble plus immuable que la France de la Commune. Comme Rimbaud, Grabbe se veut « nègre », se fait « nègre » pour arracher leurs masques à ceux qui, sous couvert de civilisation et de supériorité morale, pillent et asservissent les peuples.

Au lieu  de fuir  « l’Europe aux anciens parapets », Grabbe, lui, y  fait accoster  son double furieux, le « nègre »  ;  son combat prendra  la forme d’un duel  ;  son adversaire, un  « chevalier blanc », Théodore, duc de Gothland, héros national, époux et père exemplaire, fils respectueux et frère affectionné.

Le « nègre », la « bête sauvage », va conduire en un temps record le noble duc à se déshumaniser, faisant sauter sans rencontrer d’obstacles tabous et interdits. Tout ce qui chez le duc semblait « naturel » vole en éclat : amour fraternel, respect filial, amour conjugal, solidarités sociales et politiques, foi en l’humanité.

Il ne reste rien de cette construction qui faisait l’identité, l’humanité d’un homme...

Michèle Raoul-Davis, janvier 2016

Distribution

  • Auteur Christian Dietrich Grabbe
  • Mise en scène Bernard Sobel en collaboration avec Michèle Raoul-Davis
  • Avec Eric Castex, Valentine Catzéflis, Arthur Daniel, Maël Peano, Valérian Guillaume, Claude Guyonnet, Jean-Claude Jay, Antoine Joly, Denis Lavant, Daniel Léocadie, Frédéric Losseroy, Matthieu Marie, Sylvain Martin, Maxime Pambet, Xavier Tchili.
  • Traduction et adaptation Bernard Pautrat
  • Costumes Mina Ly
  • Son Bernard Vallery
  • Lumière Vincent Millet
  • Décor Lucio Fanti
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