Un opéra en quatre actes en anglais. Dans la mesure où la pièce est interprétée sans entracte, les spectateurs sont invités à sortir et entrer dans la salle comme ils le désirent.

Mise en scène / Conception des décors et des lumières Robert Wilson Musique et lyrics Philip Glass ChorégraphieLucinda Childs Textes Christopher Knowles, Samuel M. Johnson, Lucinda Childs Direction musicale Michael Riesman Une présentation du Théâtre du Châtelet en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris et le Théâtre de la Ville avec le soutien de Pierre Bergé

L'oeuvre

Dès le début de leur collaboration, Philip Glass et Robert Wilson décident de ne pas apporter d'histoire linéaire à Einstein. Leur objectif étant plutôt d'incorporer des symboles liés à la vie d'Einstein, à travers la mise en scène, les personnages, les textes et la musique.

Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration
Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration © Lucie Jansch

Par exemple, le premier knee play se compose de musique jouée à l'orgue et de nombres répétés par les récitants.Philip Glass explique qu'au départ ces nombres étaient là simplement pour offrir un texte repère aux récitants, en attendant les textes finaux. Ils seront finalement conservés car ils symbolisent bien les aspects mathématiques et scientifiques liés à Einstein.Les thèmes développés font référence à la théorie de la relativité, à la théorie des champs de force unifiés, à l'arme nucléaire ou encore à la radio grandes ondes. L'opéra se compose de neuf scènes d'environ vingt minutes séparées par des knee play, sorte d'interludes reliant deux actes, en référence au genou de l'anatomie humaine. Cinq d'entre eux structurent l'opéra en quatre actes. Les knee play jouent également le rôle d'entractes durant lesquels la scène peut être réorganisée en vue du tableau suivant. Ces interludes n'en restent pas moins des pièces musicales importantes, encore jouées de nos jours, indépendamment de l'opéra entier.L'exécution de l'opéra nécessite deux femmes, un homme et un enfant pour les rôles récités ( dans la version de Robert Wilson ), un choeur de 13 personnes ( sopranos, altos, ténors, et basses ) avec une importante contribution soliste du soprano et une partie plus petite pour le ténor, une flûte ( doublée d'un piccolo et d'une clarinette basse ), un saxophone soprano ( doublé d'une flûte ), un saxophone ténor ( doublé d'un saxophone alto ), un violon solo et deux orgues / synthétiseurs. L'orchestration était à l'origine prévue pour les cinq membres de Philip Glass Ensemble, auxquels s'ajoutait un violon solo.

Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration
Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration © Lucie Jansch

Remarques sur la chorégraphie et le mouvement

Einstein on the Beach est la première collaboration entre Robert Wilson et Philip Glass. L’oeuvre brise toutes les règles de l’opéra classique , y compris celles des relations habituelles entre les créateurs. Robert Wilson a conçu un synopsis visuel de l’oeuvre – structure et dessins – pendant que Philip Glass en composait la musique. D’une forme non-narrative, l’ouvrage utilise une série d’images récurrentes puissantes comme argument dramatique principal, auxquelles s’adjoignent des séquences de danse abstraites chorégraphiées par Lucinda Childs.Dans la reprise actuelle d’Einstein on the Beach, de même qu’en 1984 et 1992, Lucinda Childs a chorégraphié Field One et Field Two ( les longues parties de ballets de l’opéra ) pour les membres de la Lucinda Childs Dance Company. Lors de la création originale de 1976, ces Field Dances avaient été signés par Andrew De Groat.En tant que principale interprète de la production de 1976, Lucinda Childs avait créé le Solo for Character in Three Diagonals dans l’acte I, scène 1 ( Train ).Elle l’interprétera par la suite en 1984 et 1992. Lors de la reprise de 2012, la chorégraphie qu’elle avait conçue pour ce solo a été interprétée par Caitlin Scranton, membre de la Lucinda Childs Dance Company, comme c’est aussi le cas cette fois au Châtelet.Tous les autres mouvements d’Einstein on the Beach ont été conçus et mis en scène par Robert Wilson, en collaboration avec les interprètes de la création originale.

Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration
Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration © Lucie Jansch

Une scène pour l'espace temps

Calculer au juste une durée ou un mouvement ; dans certaines conditions, les points de vue sont équivalents. Cela signifie que pour aborder la réalité, il faut notamment envisager que le temps puisse subir des déformations, de la même manière que la perspective peut donner diverses apparences aux corps dans l’espace. Einstein on the Beach ne fonctionne pas différemment : la grande durée du spectacle, qui offre aux spectateurs la possibilité d’entrer et de sortir, leur permet d’approfondir à leur tour la multiplicité des points de vue. A travers les variations de leur attention, ils font l’apprentissage progressif de formes d’écoute nouvelles et découvrent peu à peu, dans les ruptures et les reprises, les données fondamentales du spectacle. [ ... ]En somme, si l’on dégage de la théorie de la relativité des enseignements sur l’opéra, on en conclut que la fascination du spectacle se trouve précisément dans les relations qui s’y expriment.Fruit d’une collaboration intime, Einstein on the Beach est lui-même le produit des déformations successives que Philip Glass et Peter Brook, par un phénomène qui évoque les forces gravitationnelles, ont imprimées à leur travail en commun.De là est né cet espace-temps lyrique dont la courbure ressemble fort à celui d’Einstein, en ceci que les courbes n’y désignent rien d’autre que les multiples déviations, tours et détours nés de ces multiples interactions.C’est ainsi qu’en définitive se déploient les prolongements les plus humains de la physique : le passé et ses souvenirs, l’avenir et ses projets, le présent et ses possibles prennent forme sur la scène de la conscience. Et c’est là, entre matière et émotion, que se définit notre humanité, inscrivant son trajet dans un espace temps malléable. Maxime Rovere - Texte à paraître dans son intégralité dans le programme de salle du spectacle

Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration
Einstein on The beach - Production Robert Wilson/Philip Glass collaboration © Lucie Jansch
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