Le rideau noir s'ouvre sur une vieille femme, assise dans son petit salon. Elle regarde, impassible, "Questions pour un champion". Elle habite un appartement pauvre et de guingois, où un annuaire cale l'unique armoire. Puis par la magie du théâtre, sa peau se déchire et de son corps, surgit sa fille. Zabou Breitmann, la narratrice, commence alors à évoquer la tragédie maternelle, et donc sa propre tragédie.

Elle danse avec putain
Elle danse avec putain © radio-france

Un huissier est en train de dresser l'inventaire de leurs biens. La mère, âgée et folle, qui vit en compagnie de ses spectres, intervient de temps en temps pour l'insulter, persuadée que cet intrus est Pétain, ou l'un des siens. Elle l'appelle d'ailleurs "Putain" et raconte à sa fille ce que sa propre mère a vécu sous l'occupation, comment les jumeaux miliciens du village ont assassiné son frère. Durant une heure et demie, Zabou Breitmann incarne tous les rôles. La fille désireuse de ne pas froisser l'huissier et qui tente en vain de calmer la rage de la mère, l'huissier impassible qui recense les rares biens des deux infortunées, la mère hystérique qui a tant souffert de la folie des hommes, la grand-mère, qui a eu le courage fou de vouloir rencontrer Pétain pour dire sa vérité. La comédienne (également adaptatrice du roman "la Compagnie des spectres" et metteur en scène) insuffle à la prose de Lydie Salvayre tout le rythme et l'énergie intense qu'il contient. Une charge contre la faiblesse des hommes si prompts à suivre l'idéologie dominante, y compris à massacrer sans états d'âme. Peu d'effets dans ces métamorphoses, une cigarette à la main pour dessiner le personnage de la mère, ou l'incursion de scènes imaginaires, comme cette danse improvisée avec la marionnette de Pétain qui s'achève en une scène atrocement drôle et gonflée. Une scène porno pour traduire l'infamie de la collaboration, la forme la plus aiguë de la pornographie. Zabou Breitmann est épatante. La variété de son registre, sa tenue, son intelligence du texte épatent, émeuvent. Elle tient dans "la Compagnie des spectres" son plus grand rôle. Et signe le plus beau spectacle de cette rentrée, le plus indispensable. "La Compagnie des spectres" de Lydie Salvayre par Zabour Breitmann, jusqu'au 31 octobre, au théâtre Monfort, Paris 15è, métro Porte de Vanves.

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