Pour le dramaturge Olivier Py, la pièce la plus longue de Shakespeare méritait bien un feuilleton, tant elle a suscité de commentaires et inspiré les philosophes. Il s'y attèle chaque jour pendant tout le festival, avec "Hamlet à l'impératif", et une troupe qui mêle comédiens chevronnés et amateurs.

Dans les coulisses d'"Hamlet à l'impératif" au Festival d'Avignon
Dans les coulisses d'"Hamlet à l'impératif" au Festival d'Avignon © Radio France / Stéphane Capron

Épisode 1 : Un théâtre populaire

3 min

épisode 1 : un théâtre populaire

Par Stéphane Capron

Pour son avant-dernière édition du Festival d'Avignon, Olivier Py a décidé de s'attaquer à un monument du théâtre : Hamlet de Shakespeare. Il en propose une lecture complètement renouvelée. Ayant retraduit le texte, il a choisi d'en faire une explication philosophique, pour faire découvrir aux spectateurs ce qu'en ont dit aussi bien Kant, que Wittgenstein ou Freud. 

Dans les coulisses des répétitions, dans l'oasis du jardin de la bibliothèque Ceccano, Olivier Py le dit lui-même : "J'aurais mis les petits plats dans les grands pour ce feuilleton".

Sur le plateau de cet "Hamlet à l'impératif" il a en effet réuni tant des comédiennes et comédiens professionnels, que des élèves sortant de l'ERAC, l'Ecole régionale d'acteurs de Cannes et Marseille, que des amateurs, qui viendront présenter le texte, sous la forme d'un feuilleton tous les jours, du 6 au 23 juillet, pour un spectacle gratuit et ouvert à tous les publics. 

Rencontre justement avec un de ces apprentis comédiens, Sébastien Weber, en dernière année à l'ERAC, qui découvre pour la première fois le Festival In. Il nous explique que le plus difficile dans ce spectacle est d'arriver à "être pédago-ludique", pour arriver à faire comprendre aux spectateurs la pensée complexe de grands penseurs. Mais aussi que ce qui fait la beauté du spectacle est justement son aspect "populaire", sa capacité à réunir des gens d'horizons très différents pour porter ce texte exigeant. 

Dans les coulisses d'une répétition d'"Hamlet à l'impératif" d'Olivier Py, au festival d'Avignon
Dans les coulisses d'une répétition d'"Hamlet à l'impératif" d'Olivier Py, au festival d'Avignon © Radio France / Stéphane Capron

Épisode 2 : La transmission théâtrale

3 min

épisode 2 : La transmission théâtrale

Par Stéphane Capron

Dans les coulisses de ce spectacle qui tente d'expliquer le contenu philosophique de "Hamlet" de Shakespeare, on trouve aussi bien des amateurs que des grands comédiens et comédiennes. Stéphane Capron a rencontré ainsi Céline Chéenne, collaboratrice récurrente d'Olivier Py pour ses spectacles, notamment à Avignon, où elle avait incarné la servante dans "Le soulier de satin". 

Elle raconte l'émotion de revenir sur les planches et de les partager avec des gens de la jeune génération. Pour elle, la transmission est cependant inversée : "étrangement, c'est comme si elle [la jeune génération] avait avec elle beaucoup plus de poids que nous. […] Je les regarde et j'apprends beaucoup en les voyant faire". 

Si la temporalité au théâtre est différente de celle de la vie quotidienne, pour Céline Chéenne, il y a tout de même une forme de continuité qui se fait entre temps du spectacle et de l'existence. Elle relate ses souvenirs des anciens spectacles d'Olivier Py, où les gens venaient "dans des sacs de couchage, ils s'endormaient, ils se réveillaient, ils revenaient, ils allaient boire un café". C'est finalement un théâtre de l'intimité et du partage qu'elle aime retrouver à Avignon. 

Dans les coulisses d'"Hamlet à l'impératif" d'Olivier Py, au Festival d'Avignon
Dans les coulisses d'"Hamlet à l'impératif" d'Olivier Py, au Festival d'Avignon © Radio France / Stéphane Capron

Épisode 3 : Le théâtre comme ouverture

4 min

épisode 3 : le théâtre comme ouverture

Par Stéphane Capron

Depuis plusieurs années, Olivier Py intègre dans ses spectacles des amateurs et en particulier des anciens détenus qu'il a rencontrés dans des ateliers théâtre en prison. C'est le cas d'"Hamlet à l'impératif", qui est le résultat d'un premier travail avec les détenus du Centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet. Stéphane Capron a rencontré Redwane Rajel, lui-même ancien détenu, qui témoigne de ce que ces ateliers théâtre lui ont apporté au moment où il préparait sa sortie de prison. Le théâtre a ainsi été pour lui "l'occasion de [s'ouvrir] aux autres et d'extérioriser tout ce qu'on avait accumulé pendant ces années de détentions". 

Lui, il a joué souvent des rois, de Xerxès au roi Macbeth et de sa confrontation avec la tragédie, il a pu se rendre compte du "métier un peu bizarre" de comédien : 

"C'est un peu du masochisme […] On a envie de tout donner et à la fois on se fait mal parce qu'on se met à nu." 

Le théâtre est surtout pour Redwane Rajel un lieu d'ouverture aux autres, de dépassement des clivages professionnels, culturels et sociaux : il espère ainsi que celui-ci sera plus présent à l'avenir dans les quartiers, pour la diversité comme une richesse. 

Épisode 4 : l'excitation de la première

3 min

Episode 4 : l'excitation de la première

Par Stéphane Capron

C'est le grand jour, celui de la première d'un feuilleton qui durera tout l'été. Dans les coulisses d'"Hamlet à l'impératif", les comédiens et comédiennes sont entre stress et joie. Tout le monde rit et s'active. 

Rémy, le régisseur, celui qui est un peu "le chef de chantier du spectacle", installe toutes les chaises, tandis que Sébastien Weber, le premier comédien que nous avions croisé dans le feuilleton, cherche son texte. 

Certains des jeunes amateurs qui montent pour la première fois sur scène, appréhendent un peu cette première, mais témoignent tous de la chance de participer à cette aventure. Les habitués des planches comme Céline Chéenne et Rédwane Rajel sont plus sereins mais tout aussi contents de pouvoir venir partager le spectacle avec le public. 

A l'issue du spectacle, les spectateurs semblent tous conquis: une spectatrice se dit "transportée […] par cette leçon de théâtre fabuleuse", une autre affirme avoir ressenti beaucoup de joie, d'intelligence et de créativité dans le spectacle, "la présence de celui qui veut tout donner". 

C'est la fin de notre feuilleton d'Avignon, mais pour les acteurs d'"Hamlet à l'impératif", le spectacle ne fait que commencer !