René Char fait partie des fondateurs du Festival d'Avignon. Pour cette 61è édition, il est à la fête. Pas nous! Grand résistant, poète prolifique, il pontifie. Appels au courage, verbe haut (flamboyant, dit-on?) mais pensée confuse et plombante... Soyons honnête : ses "feuillets d'hypnos" ne résistent déja pas à la lecture, alors, dans la Cour d'honneur... Frédéric Fisbach a beau tenter de moderniser, de réveiller ces courts poèmes que les comédiens égrènent de 1 à 237 (on les compte en se disant: plus que cent, plus que cinquante!), ils vous plongent dans un sommeil profond. Des cabines en verre sont placées en fond de scène, sortes de loges avec coussins jaunes, une demie douzaine d'acteurs prennent un micro et assènent les saillies de Char, mais on ne comprend rien. Pas seulement parce que le sens est flou mais parce que la sonorisation est nulle. Dès que les acteurs s'expriment, il y a de l'écho, et ce durant une heure quarante. Quand les comédiens ne courent pas sur scène, ils tombent, s'allongent, se relèvent, exécutent des figures acrobatiques, ils s'emparent du micro comme des rock stars, certains se douchent, tous se changent, puis une centaine de spectateurs montent sur scène, raides comme un baton. Ce sont des acteurs amateurs de la région qui viennent à leur tour asséner la poésie obscure. Certains ont du talent mais beaucoup récitent comme à l'école. Evidemment, à la sortie, on entend des critiques applaudir cette démagogie et affirmer que "ce moment des amateurs est maaaaaaaaagnifique, car enfin, le metteur en scène redonne au peuple la poésie de Char"... Tu parles, Char! "Les feuillets d'hypnos" est un pari impossible. René Char est souvent illisible, alors pourquoi serait-il audible sur une scène? Le spectacle est irritant au plus haut point (certains acteurs déclenchent en vous une furieuse envie de les gifler!). Non à ce théâtre pontifiant qui prend en plus des allures démocratiques (15 personnes ont le droit chaque matin de petit déjeuner avec les acteurs des feuillets d'hypnos!) Ce théâtre là ne sert rien et ne sert à rien.

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