When the mountain change dits clothing - Théâtre musical avec le Festival d’Automne à Paris

Heiner Goebbels porte aux nues les voix slovènes Heiner Goebbels, qui a donné ses lettres de noblesse au théâtre musical, apporte son cachet contemporain et acuité scénique à un ensemble vocal slovène.On connaissait les choeurs de femmes bulgares. Dans un registre assez proche, l’ensemble vocal carmina slovenica, dirigé par Karmina Šilec et formé d’une trentaine d’ado lescentes et de jeunes femmes de 13 à 20 ans, fait vivre le répertoire tout aussi magique des voix slovènes, sans s’enfermer dans la seule tradition. À l’occasion de Maribor 2012, capitale européenne de la culture, Carmina Slovenica fait appel au compositeur et metteur en scène heiner goebbels pour la création de When the mountain changed its clothing. 60 ans cette année, tout juste distingué par l’International Ibsen Award, Heiner Goebbels est un agitateur musical et scénique hyperactif. De Ou bien le débarquement désastreux à Stifters Dinge en passant par Max Black (avec André Wilms), il a pulvérisé les frontières du théâtre musical.Pour cet alchimiste des formes artistiques, qui dit vouloir toujours avancer en terrain inconnu:« en dernier ressort, le public ne peut vivre quelque chose que de lui-même. C’est pour cette raison que souvent, je dois me considérer, en tant que compositeur ou metteur en scène, comme une sorte d’architecte : quelqu’un qui réalise une construction dans laquelle d’autres devront vivre… » jean-marc adolphe

Heiner Goebblels / Carmina Slovenica
Heiner Goebblels / Carmina Slovenica © Klaus Grünberg Ruhrtriennale,

Le chant des métamorphoses

grand maître d’une musique étroitement enlacée au théâtre, h

Heiner Goebbels s’est joint à l’ensemble vocal des jeunes slovènes Camina Slovenica pour montrer, pour chanter le passage d’une saison, d’une chanson, d’un âge à l’autre.

Entretien avec Heiner Goebbels

Comment s’est établi le lien avec la Slovénie? Heiner Goebbels : Il s’agit en fait d’une invitation de la directrice de l’ensemble vocal carmina slovenica, qui l’a fondé et le dirige depuis plus de vingt-cinq ans avec un succès vraiment international. La sollicitation est venue en 2008, je crois, et comme je venais juste de m’occuper de quatre gentlemen anglais, ceux de l’Ensemble Hilliard, je me suis dit que ce serait très bien de travailler maintenant avec quarante jeunes filles.J’ai donc fait plusieurs voyages à Maribor pour faire connaissance avec ce choeur. J’ai tout de suite été impressionné par sa qualité, l’immense variété de son répertoire, par la précision mais aussi la maturité, la conscience de soi, le côté très sûr et souverain de ces jeunes filles, malgré la discipline qui régnait. Talents qu’on ne rencontre pas si souvent réunis.

Heiner Goebblels / Carmina Slovenica
Heiner Goebblels / Carmina Slovenica © Klaus Grünberg

Quel est leur répertoire, et leur manière de chanter ?U.G : Elles chantent à la fois Brahms, par exemple le choeur Le Jardinier que je reprends dans When the mountain…, mais aussi beaucoup de musique de cette région-là, à la vocalité spécifique, avec des couleurs totalement inexistantes dans notre musique chorale. Mais elles font aussi du chant en harmoniques, de la musique contemporaine. Le spectre est vraiment très large.Il s’agissait ensuite de trouver un concept scénique, quelque chose comme une histoire ?U.G : Dans mes spectacles, ce ne sont pas des « histoires » que l’on va trouver… Nous avions en tout cas clairement l’intention d’aboutir à un projet de théâtre musical, même si – on doit le dire – Carmina Slovenica a déjà beaucoup d’expérience dans ce domaine. Cet ensemble a réalisé des versions scéniques de son propre répertoire, avec des costumes, des décors, des chorégraphies mêmes, quelque chose qui va bien au-delà d’un concert de choeur, si bien que ma méthode de travail a rencontré un terrain très propice.

Quel est alors la trame ou le noyau du spectacle ?U.G : Tout tourne autour du changement, de la transformation, celle des saisons par exemple, ou encore celle qui s’opère dans la vie même de ces jeunes filles, qui passent de la jeunesse à l’âge adulte. Le titre y fait déjà allusion, c’est celui d’une chanson de leur répertoire qui se rapporte au Mont Kanin dans le sud du pays. À l’arrière-plan, il y a aussi la mutation d’un pays qui s’est transformé à une vitesse sidérante, inimaginable pour nous, depuis la chute du rideau de fer. Ce n’est pas exactement mon sujet, mais il est tout le temps présent dans le travail artistique avec les choristes. Le moteur de ce projet reste le plaisir de travailler avec un grand choeur qui fait résonner à la fois des identités très fragiles et une ample voix collective, un défi que je n’avais pas encore rencontré.Je leur ai donc proposé des textes, des Lieder, des sonorités électroniques, des images scéniques… Vous savez que je ne travaille pas à partir d’une seule priorité, je tente toujours de creuser plusieurs sillons simultanément – la lumière, l’espace, les mouvements dans l’espace, et même des chorégraphies, tout cela pour aboutir à quelque chose que je n’avais pas du tout en tête au préalable. C’est un processus complexe et qui reste en grande partie impénétrable pour moi-même.

Heiner Goebblels / Carmina Slovenica
Heiner Goebblels / Carmina Slovenica © Klaus Grünberg

Vous avez dit récemment dans une interview à Die Zeit que ces dernières années vous n’aviez pas réussi à faire représenter vos spec tacles en allemagne simplement parce qu’aucune maison n’était prête à vous accorder deux jours juste pour monter le dispositif scénique. faut-il du temps, laisser venir les choses ?U.G : Pour ce spectacle, les répétitions ont eu lieu dans plusieurs villes, à Maribor (Slovénie) d’abord, puis, en avril, à Graz (Autriche) dont le festival est un des coproducteurs ; enfin en juillet à la Ruhrtriennale à Bochum… La gestation elle-même a pris deux années, depuis septembre 2010. Mais les choses vont se cristalliser seulement quelques jours avant la première… C’est chez moi un processus très long, très ouvert et qui ne se fixe que juste avant les premières représentations.

Vous citez à propos du spectacle un dialogue entre un maître et un élève, extrait de l’Émile de Rousseau. est-ce une sorte de résumé?U.G : C’est surtout un modèle formel. Il y a en fait beaucoup de jeux de question/réponse, les rôles ne cessent de s’inverser entre qui pose la question et qui y répond. Cela implique également le public, car, dans mes oeuvres, je n’essaie pas de donner des réponses, mais de poser des questions.Est-ce que l’aspect scénique lui aussi est encore « in the making » ?U.G : Pas tout à fait, puisque que je poursuis ma collaboration avec le merveilleux scénographe Klaus Grünberg, avec qui j’ai déjà réalisé Max Black, Paysage avec parents éloignés, Stifters Dinge, tant de choses… Tout en étant absolument indépendants, nous sommes très en phase. Lui peut proposer des images sur lesquelles je réagis, et moi des idées scéniques sur lesquelles il travaille. Rien d’établi a priori, je ne lui dis pas de construire tel ou tel élément. Plutôt une création à deux voix, comme dans une bonne Invention de Bach!propos recueillis par martin Kaltenecker, juin 2012

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