Le premier choc, à Avignon, le voici. Ne riez pas! Il est flamand.

I Lassalle
I Lassalle © Radio France

A l'opéra-théâtre, "Wolfskers", en flamand sous- titré, est un exceptionnel moment de théâtre. Et dans ces moments-là, on est très très heureux de participer à ce festival d'Avignon. Guy Cassiers, 58 ans, est né à Anvers. Homme de théâtre, il a entrepris des études d'arts graphiques et travaille beaucoup avec les moyens du cinéma: caméras, images vidéos, paroles projetées. On a rarement vu sur scène pareil virtuose d'ailleurs, capable de faire du théâtre et de porter haut cet art en convoquant sur un plateau la technologie, l'image, la musique et le son.

Dans "Wolfksers", le metteur en scène anversois réunit (dans un texte de Jeroen Olyslaegers) trois scénari du cinéaste russe, Alexandre Sokourov. Ce brillant élève de Tarkowski a réalisé une trilogie autour de trois figures du 20è siècle : Lénine (Taurus), Hitler (Moloch)et l'empereur Hirohito (Le Soleil). Pour la scène, Guy Cassiers picore dans chacun de ses films et réunit les trois figures sur une même scène (et si l'enfer se jouait plus là que dans la Cour d'honneur?)Installés côte à côte sur le même plateau, les trois autocrates jouent tour à tour leurs derniers jours. Ils ont été glorieux, ils ont dominé le peuple et ont voulu dominer le monde, mais un temps nouveau se lève. Hitler, aux côtés d'Eva Braun n'est plus loin du gouffre, Lénine, malade, dans son fauteuil, n'a plus que son épouse pour le soutenir alors qu'un jeune Géorgien du nom de Staline s'apprête à lui voler le pouvoir. Quant à Hirohito, il préfère observer un crabe à la loupe que de regarder sa défaite en face, après les bombes lancées sur son empire par les Américains.

Un voile discret sépare la salle de la scène, et derrière cette vision volontairement distante et un peu trouble, ce sont presque des fantômes qui s'expriment. Ils ont échoué mais parlent encore avec ambition. Ils se savent bientôt à terre mais veulent encore dominer, alors que la facade s'effrite, dérisoires petites marionnettes humaines. Les acteurs jouent avec des micro hf. Des écrans projettent des images à peine visibles, vague lumière dans cette pénombre des derniers instants. Hitler veut aller pique-niquer. Hirohito finit par croquer le chocolat américain que lui tend Mac Arthur. Lénine écoute sa femme comme un enfant s'accroche aux bras de sa mère. L'entourage de ces trois autocrates est essentiel, bouée de sauvetage, semblant d'humanité de ces trois monstres que l'on ne plaint pas, car Guy Cassiers s'interdit toute part compassionnelle.

Parfois, un acteur passe à droite ou à gauche et interprète un autre personnage, comme s'il sautait d'un film à l'autre, magie de ce théâtre extrêmement sophistiqué qui présente le quotidien, la banalité du héros monstrueux qui pense que le peuple, c'est lui. Impressionnante réflexion sur le pouvoir et sur les moyens du théâtre pour en rendre compte. Heureusement, Guy Cassiers présente encore deux autres spectacles cette année au Festival, mais notez déja les dates de tournée de ce "Wolfskers" en Europe: du 5 au 12 à Anvers, du 30 septembre au 4 octobre au Théâtre de la Ville à Paris (festival d'Automne), le 23 à Bruxelles, les 18 et 19 novembre à la MC2 de Grenoble, le 8 janvier à la MC Amiens,le 29 au Grand Théâtre de Luxembourg.

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