Il fut l'une des âmes du Festival d'Avignon et le toujours fervent directeur du festival d'Automne à Paris . Alain Crombecque est mort, hier . A Avignon, il fut l'un de ceux qui permit à Antoine Vitez de s'épanouir et de proposer des aventures théâtrales inoubliables, Vitez, l'auteur de cette phrase magnifique : "un théâtre élitaire pour tous".Alain Crombecque évoquait souvent son ami metteur en scène, regrettant le projet suspendu, à sa mort en 1989, d'une mise en scène de "l'Orestie" dans la Cour. On l'avait écouté, Crombecque, interrogé par Joelle Gayot, en juillet 2008, évoquer son lien avec Vitez, passionnant retour en arrière sur l'intelligence et les doutes de celui qui conçut entre autres une nuit entière de théâtre dans la Cour du Palais des Papes, en 1985 : "le Soulier de Satin" de Claudel. 12 heures de partage nocturne entre les spectateurs et la troupe Vitézienne : Ludmilla Mikaël, Madeleine Marion, Didier Sandre, Valérie Dréville...En costume noir, ému et nostalgique de l'appétit de Vitez pour le théâtre ("il faisait feu de tout bois, mise en scène, poésie, création d'une revue de théâtre... C'était un homme Prothée, affirmait Crombecque."), l'ancien patron du Festival évoquait la gourmandise du metteur en scène. "Il m'impressionnait par son intelligence et sa culture. Par son audace, aussi. "Le Soulier de Satin" dans la Cour était notre projet. Il l'a porté haut alors que Madeleine Renaud nous donnait des coups de cannes, à l'Odéon, furieuse que l'on remonte cette pièce créée par la compagnie Renaud-Barrault!". Au fil de l'entretien, Crombecque avait glissé de l'évocation de Vitez à celle du patron d'Avignon, Vilar. Cet homme aussi avait formé l'ancien directeur du festival qui le rencontra une fois, en 65. "A l'époque, j'étais étudiant, un des leaders de l'Unef. J'avais écrit à Vilar que j'acceptais de venir parler dans la Cour, mais sous certaines conditions! Au micro, j'avais été mauvais et gentiment, Vilar m'avait invité au café. Il m'avait donné des conseils pour prendre la parole en public."Depuis cette rencontre et durant son mandat à Avignon, Alain Crombecque n'a cessé de respecter l'esthétique vilarienne, à savoir son goût pour la cour, le plein air et l'art de l'acteur dans ces lieux mythiques d'Avignon. Sa disparition va profondément atteindre celles et ceux qui font le théâtre français et européen et tous les spectateurs qu'il a nourris de son talent hors norme . Les mots de Vilar lui allaient bien : "J'aimerais laisser dans le coeur de quelques uns le souvenir de l'honnêteté" .

A Crombecque, au Musée Calvet, en juillet 2008
A Crombecque, au Musée Calvet, en juillet 2008 © Radio France
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