Les jours passent et se ressemblent étrangement. Aujourd'hui fut comme hier : du mauvais cinéma dans la journée, du bel et bon spectacle vivant dans la soirée.

Carte blanche à François Morel
Carte blanche à François Morel © Radio France

Sur les Champs Élysées le jour, à La Pépinière Théâtre le soir. Donc, le nouveau film de Danièle Thompson (jetons un voile pudique, mais décidément, et l'on y reviendra, un certain cinéma français va dans le mur...) puis le nouveau film de Pedro Almodovar (jetons un voile de rage puisque ce cinéaste nous l'avons tant aimé...). Et donc à 19 heures, pour une heure montre en main, un spectacle signé François Morel : "Hyacinthe et Rose". Accompagné du musicien décidément doué (voir hier) Antoine Sahler, Morel nous fait le coup du mentir-vrai et du "Je me souviens". Peu m'importe à moi de savoir si son Hyacinthe et sa Rose, grands-parents bienveillants le nez fourré dans les fleurs de leur jardin, ont vraiment existé, y compris dans la généalogie dudit Morel François. Peu m'importe, puisque je les connais et qu'ils se nomment en réalité Gaston et Jeanne (je connais mieux leur prénom que Morel quand même puisque ce sont mes grands-parents...).

Blague dans le coin, c'est vrai qu'on a bigrement l'impression de les connaître ces deux-là. Comme dirait l'autre, "Tu peux quitter l'enfance, mais ton enfance ne te quitte pas" (Julien Clerc) ou bien encore "Nul ne guérit de son enfance" (Jean Ferrat), je cite exprès des chanteurs pour me venger de Morel qui en une heure de temps m'a mis dans la tête le sublime "Qui peut dire où vont les fleurs" créé par Pete Seeger, adapté en français par Francis Lemarque, repris dans les deux langues par Marlène Dietrich :

"Qui peut dire où vont les fleurs

Du temps qui passe

Qui peut dire où sont les fleurs

Du temps passé"

Si vous n'avez pas la mélodie en tête, allez sur internet mais n'allez pas vous plaindre ensuite qu'elle vous reste en tête et plus encore au cœur...

Or donc, il est question d'enfance, d'un curé qui se sert du micro comme d'autres d'une mitraillette, de fleurs (beaucoup), et juste un peu en passant de Giscard d'Estaing, de Waldeck Rochet, de Jacques Chancel... Nostalgique, Morel ? Non, mais amoureux comme il le fut alors, entre les goûters de Rose et les sermons floraux et laïcs de Hyacinthe, entre le cousin qui énerve et la cousine qui chouigne, entre ce que l'on veut bien faire et ce que l'on veut faire bien. Ce qu'il dit là est universel, transposable, non réductible à une quelconque Normandie d'antan. De même que les photos de Depardon font exploser le particulier pour toucher chacun d'entre nous, la "petite musique" (mauvaise expression) de Morel fait son chemin dans nos têtes trop souvent embrumées. Elle vise juste, simple et subtil. D'un spectacle à l'autre (allez voir dans le même théâtre les cinq autres de ou sous l'égide de Morel), il trace un sillon dont on finit par se dire qu'il est d'une vraie cohérence grâce à une belle diversité de moyens développés pour parvenir au but : textes, chansons, objets, rêves, musiques, silences, ... Non décidément pas de nostalgie qui induirait le repli sur soi et l'apitoiement rétrospectif, mais la claire certitude que l'oubli serait le pire des remèdes et la plus stupide des attitudes et que les souvenirs doivent nous être présents si nous voulons chercher un peu de bonheur.

C'est de tout cela dont il est question grâce à François M. le magicien des mots, des airs, des grâces. Il tutoie nos anges et c'est rudement réconfortant d'écarter ainsi nos fantômes. On en redemande pour ne rien vous cacher. Vous devriez essayer à votre tour : vous verrez, l'exercice, cette fois doux et tendre, sera profitable... Parce que :

"Qui peut dire où vont les fleurs

Du temps qui passe

Qui peut dire où sont les fleurs

Du temps passé

Sur les tons du mois de mai

Les filles en font des bouquets

Quand saurons-nous un jour

Quand saurons nous... jamais."

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.