Après Iliade et Odyssée, adaptations des poèmes d’Homère, et Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle poursuit avec Illusions perdues sa quête d’un théâtre littéraire, brut et incandescent.

Illusions perdues
Illusions perdues © Simon Gosselin

Pierre angulaire de La Comédie humaine, Illusions perdues de Balzac suit les pas de Lucien Chardon, un jeune poète idéaliste qui quitte son Angoulême natal pour tenter sa chance à Paris. Nous sommes dans les années 1820, en pleine Restauration monarchique, et la société française en est aux prémices de la révolution industrielle. Préfigurant le capitalisme moderne, le pouvoir se déplace vers une nouvelle bourgeoisie triomphante et l’argent devient le véritable roi. 

Illusions perdues
Illusions perdues / Simon Gosselin

L’adaptation de Pauline Bayle au Théâtre de la Bastille se concentre sur la trajectoire de Lucien, son ascension fulgurante et sa terrible chute. Elle délaisse les fameuses descriptions de Balzac pour mieux faire vibrer son talent de dialoguiste, son goût pour les mots d’esprit et les punchlines assassines. La théâtralité épurée, d’une précision formelle redoutable, laisse toute la place aux interprètes. Le temps d’enfiler une veste ou de nouer un foulard, cinq comédiens et comédiennes passent d’un rôle à l’autre avec jubilation, incarnant une vingtaine de personnages, faisant fi des genres et des générations. Seule Jenna Thiam incarne le héros de bout en bout, un Lucien flamboyant, aussi touchant quand il déclame ses poèmes que féroce lorsqu’il cède à son ambition dévorante, quitte à trahir ses idéaux, ses amis et son amour pour Coralie.

Illusions perdues
Illusions perdues / Simon Gosselin

Le théâtre de Pauline Bayle est aussi un théâtre de chair et de collisions. Les corps se rassemblent, se séparent et se poursuivent, traçant une géométrie toujours instable. Les pieds frappent le sol pour faire naître la brume des faubourgs parisiens. Il faut dire que la capitale est un personnage à part entière, une ville-monde tentaculaire, une cité industrielle et monstrueuse, où les espoirs naïfs se consument aussi vite que les passions. 

Illusions perdues
Illusions perdues / Simon Gosselin

Au fil de nombreuses intrigues, le héros traverse ainsi les différents milieux composant la bonne société parisienne : les grands journaux, les partis politiques, les théâtres et les maisons d’édition. Sur scène et avec seulement quelques chaises, ces cercles se réunissent et se rompent, au rythme effréné de l’ambition et de l’argent.

Illusions perdues
Illusions perdues / Simon Gosselin

À travers ce parcours initiatique, Illusions perdues dévoile les rouages d’une société cruelle où personne n’est épargné. Et pourtant, malgré la mécanique implacable du récit, les personnages flamboient, même au plus profond de leur mesquinerie. Car dans la mise en scène de Pauline Bayle, tout se joue sous nos yeux ; les comédiens et les comédiennes embrasent la représentation sans jamais fléchir.

Victor Roussel - Théâtre de la Bastille

Distribution

  • Illusions perdues de Honoré de Balzac
  • Adaptation et mise en scène Pauline Bayle 
  • Avec Charlotte Van Bervesselès, Hélène Chevallier, Guillaume Compiano, Alex Fondja, Jenna Thiam et la participation de Viktoria Kozlova en alternance avec Pauline Bayle 
  • Assistante à la mise en scène Isabelle Antoine 
  • Scénographie Pauline Bayle et Fanny Laplane 
  • Lumières Pascal Noël 
  • Costumes Pétronille Salomé 
  • Son Julien Lemonnier 
  • Régie générale et lumières Jérôme Delporte et David Olszewski 
  • Régie plateau Ingrid Chevalier, Lucas Frankias et Juergen Hirsch