Castellucci, la suite. Après "Inferno" dans la Cour, proposition strictement visuelle, Castellucci dérange avec "Purgatorio", un spectacle fort différent de sa première proposition. Direction Chateaublanc, près d'Avignon. Plus de plein air mais une salle surchauffée. Sur scène, un décor réaliste : l'intérieur d'une maison bourgeoise. Une mère prépare le dîner, mais son fils n'a pas faim. Il a mal à la tête et part jouer dans sa chambre, avec son Goldorak. C'est du théâtre naturaliste avec quelques échanges et un texte qui s'affiche comme dans un film muet, une partition qui précède l'action fidèlement jusqu'à ce que la tragédie se produise. Le texte raconte l'histoire idéale d'une famille heureuse, alors que nous percevons et entendons tout autre chose. Le père arrive, dîne légèrement. On sent le confort bourgeois et pourtant, la lenteur du rythme et le silence de l'épouse laissent deviner la proximité d'une menace. Effectivement, le pire va se produire quand le père demande à sa femme son chapeau pour monter "jouer au cow boy" avec son fils. Nous ne voyons rien, mais nous entendons, c'est pire. Scène traumatisante par sa violence et sa durée (excessive?) suivie d'une scène hallucinante : voilà que l'étrange nous gagne. Réfugié dans son placard, l'enfant voit défiler des images de fleurs géantes (pistils phalliques). Nous sommes avec lui dans ce placard et c'est à travers un cercle que nous parviennent ces images dans un brouhaha sonore. L'apocalypse? Incroyable sentiment de vertige, avons-nous assisté à un cauchemar d'enfant ou à une scène malheureusement vécue? Sommes-nous sur terre ou au ciel? Allons-nous vers le paradis ou l'enfer? Dans sa libre adaptation de "la Divine Comédie" de Dante, Castellucci voit-il l'enfer dans la famille contemporaine? Chacun est libre d'interpréter. La grande force de l'italien est de remuer le spectateur comme personne, de le traumatiser puis de le plonger dans l'onirisme et le doute. Jamais Castellucci n'a réussi ce choc, cette action directe sur le spectateur, éprouvé ou bouleversé, partagé entre la beauté du spectacle et la violence du propos. "Purgatorio", jusqu'au 12 juillet à Avignon. Au Maillon à Strasbourg les 15 et 16 janvier. Du 22 au 24 janvier à Poitiers, les 6 et 7 février à l'Opéra de Dijon. Et en tournée internationale.

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