d'après Eugène Ionescoavec la troupe du théâtre de la Ville dirigée par Emmanuel Demarcy-Mota

Tous ensemble

Une troupe qui jongle avec les fragments emmêlés d’un Ionesco méconnu . À redécouvrir, on ne se lasse jamais de ce rire grinçant.Lorsque, pour la première fois, Emmanuel Demarcy-Mota aborde Ionesco lui vient le désir de revenir aux sources, aux premiers textes : Jacques ou la Soumission, L’avenir est dans les oeufs, La Cantatrice chauve, La Leçon, Délire à deux . Les comédiens s’en sont emparés, les ont décortiqués, entremêlés et depuis, continuent de partager le tourbillon déjanté de cet humour tenace, et juste indiscutable. Une valse de surprises et de retrouvailles, la preuve que Ionesco n’a rien perdu de sa vitalité.Colette Godard

Jeux et mots

Ionesco suite
Ionesco suite © Agathe Poupeney
**Comme les étoiles de la Grande Ourse, ils sont sept, qui nous entraînent dans l’univers désarticulé de Ionesco (suite).** La pièce est composée de fragments des pièces suivantes : Jacques ou la Soumission, Délire à deux, La Cantatrice chauve, Exercices de conversation et de diction française et La Leçon, mais de telle façon qu’on puisse, non pas en parcourir la fable entière, mais en percevoir des scènes significatives, et assez pour qu’on en goûte l’humour, le ton, le style. Ce qui montre combien Ionesco sait conduire une scène, si simple (dialogue conjugal) ou si complexe soit-elle (ensemble de dialogues mélangés) avec son début, son enjeu et sa fin. Les deux comédiennes et les cinq comédiens qui forment le Septuor de Ionesco suite, comme les étoiles de la Grande Ourse (« De scintillations sitôt le Septuor », dit Mallarmé), **placent pendant une bonne heure les spectateurs en orbite et leur font parcourir la palette étendue d’Eugène Ionesco** , sa maîtrise incroyable des jeux du langage et son talent poétique, si, comme le dit encore Mallarmé, il s’agit pour le poète de « donner un sens plus pur aux mots de la tribu ».
Ionesco suite
Ionesco suite © Agathe Poupeney
La mise en scène, résultat d’un travail en commun cadré, ponctué, rythmé par le metteur en scène, conduit donc à **un burlesque authentique** , différent de celui du vaudeville auquel son cadre bourgeois impose toujours une fin matrimoniale heureuse, alors que l’étrangeté est ici poussée à son comble au cours de situations familiales, conjugales ou scolaires déraisonnables, irréalistes, aberrantes, fantastiques, sanglantes ou simplement dérisoires. Sans doute tout cela est-il connu. Ce qui peut l’être moins, c’est cet excellent exercice qui incite les acteurs à se mesurer à de telles gageures. Car il leur faut renoncer à la vraisemblance, au réalisme, à la sacro-sainte « construction du personnage », il leur faut se déprendre, sinon dans de très courts moments, du sens, sans cesse insensé, de la continuité, très vite rompue, des messages, aussitôt démentis.Du même coup, des sortes d’affects primitifs surgissent en eux, de désir, de haine, de folie, comme ces consécutions brèves qu’on voit souvent chez les animaux, par exemple chez les chats qui passent sans prévenir d’un profond sommeil à la saisie d’une mouche, ou de la caresse au bond.**L’acteur devient un danseur de mots.** _François Regnault_ ### **Tournée 2013** - du 18 au 23 novembre au théâtre national de bretagne à rennes- novembre 2013 au berliner ensemble à Berlin
Ionesco suite
Ionesco suite © Agathe Poupeney
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