D’après Eugène Ionesco, une proposition de l’ensemble artistique du Théâtre de la ville dirigé par Emmanuel Demarcy-motaAvec Charles Roger Bour, Céline Carrère, Jauris Casanova, Sandra Faure, Stéphane Krähenbühl, Olivier le Borgne, Gérald Maillet

La pièce est composée de fragments des oeuvres suivantes d’eugène Ionesco:

Jacques ou la soumission, Délire à deux, La Cantatrice Chauve, Exercices de conversation et de diction française, La Leçon.

Ionesco, malle aux trésors

Depuis près de dix ans, en toute proximité et complicité, emmanuel demarcy-mota et son équipe artistique interrogent l’univers de Ionesco, entre loufoquerie et désarroi. En 2005, emmanuel demarcy-mota est à la tête de la Comédie de Reims lorsqu’il met en scène Rhinocéros, de Ionesco. Ce travail, dit-il alors, lui « ouvre la malle aux trésors »: «Me sont apparus des éléments qui m’éloignent du simple qualificatif « théâtre de l’absurde ». Je reçois l’angoisse humaine portée par l’auteur, en relation avec sa famille, avec son pays la Roumanie, envahie par le fascisme, puis par le stalinisme. Au-delà de la question politique, il y a l’angoisse de tout être par rapport à la mort, à la vie.

« Avec l’équipe artistique, nous enquêtons alors sur l’ensemble de l’oeuvre. Une véritable enquête méthodique, qui nous amène à un roman, le Solitaire – dont un extrait a d’ailleurs été donné en prologue pour la seconde version de Rhinocéros, en 2011 au Théâtre de la Ville – et qui traite de cette angoisse, de l’étrange aberration de nos existences, de la difficulté à se faire entendre, à communiquer. Je trouve chez Ionesco, comme chez Horváth (Casimir et Caroline) des questions qui me traversent profondément, par rapport à l’histoire européenne du XXe siècle, sur laquelle nous vivons encore.

Ionesco suite
Ionesco suite © Agathe Pouponey

« À partir de là, j’ai donné dix textes aux acteurs, parmi lesquels chacun a pu choisir ceux le touchent le plus, et leur ai demandé, dans un premier temps, de les travailler entre eux, sans moi, de se choisir eux-mêmes des partenaires. Ensuite, ils m’ont présenté l’ensemble, que nous avons restructuré (Fragments de Jacques ou la Soumission, Délire à deux, La Cantatrice chauve, La Leçon, L’avenir est dans les oeufs). Il s’agissait, après une période d’improvisations, d’échanges de rôles, de parvenir à une forme de récit autour d’une situation: le couple, les réunions familiales, anniversaires, mariages, ces moments d’immense tensionproches de l’explosion, alors qu’il faut sourire, bien se tenir. Les péripéties de la communication sociale dans un délire quasi surréaliste, des thèmes qui toujours m’intéressent. »

« L’idée première est la proximité. Il n’est pas question de théâtre traditionnel, de scène frontale. Tout se joue autour d’une table avec des chaises. Les spectateurs, au maximum 200 ou 250, sont assis sur des gradins avec des coussins blancs, disposés également autour, et que nous avons installés partout où nous avons joué, dans les lieux les plus divers de Champagne-Ardenne. »

En 2008, Emanuel Demarcy-Mota prend la direction du Théâtre de la Ville. Trois ans plus tard, en 2011, il retrouve Rhinocéros, et par voie de conséquence Ionesco Suite, que l’équipe retravaille, pour aller cette fois la porter dans les lycées. Lieux de souvenirs pour celui qui y a fait ses débuts de metteur en scène, et pendant dix ans y est régulièrement revenu, où il a rencontré une grande partie de son équipe. L’univers de Ionesco, en déséquilibre entre loufoquerie et désarroi, touche les lycéens au point juste, et c’est merveille de les voir, attentifs, réactifs comme s’ils se reconnaissaient. [....]

« J’éprouve toujours le besoin d’interroger la relation du spectateur avec le spectacle, avec la place à laquelle il se trouve. Et naturellement, la relation de complicité, de connivence entre acteurs et spectateurs. Entre les acteurs eux-mêmes, c’est la grande question de l’équipe, de la troupe. La question essentielle, qui détermine le reste. »Propos recueillis par colette godard

Thématiques

Ionesco suite
Ionesco suite © Agathe Pouponey

Jacques ou la soumIssIon Cette pièce, qu’Ionesco acheva en 1950 relève d’un thème très similaire à celui de la leçon:L’individu amené au conformisme par la société et les conventions jouant sur son instinct sexuel. Jacques se refuse à prononcer les mots qui confirmeraient son acceptation des préjugés de sa famille, dont les membres indistinctement s’appellent Jacques, ce qui souligne leur renonciation à l’individualité.La cantatrIce chauve Dès la première représentation, Ionesco fut étonné d’entendre le public rire de ce qu’il considérait comme un spectacle tragique de la vie humaine réduite à des conventions bourgeoises et la dégénérescence du langage à un pur automatisme.Les personnages de la cantatrice chauve n’ont ni faim, ni désirs conscients ; ils s’ennuient à mourir. Ils ne savent plus parler, parce qu’ils ne savent plus penser, ils ne savent plus penser parce qu’ils ne savent plus s’émouvoir, n’ont plus de passions, ne savent plus être et peuvent devenir n’importe qui… ils sont interchangeables.DélIre à deux Ici, la figure – récurrente chez Ionesco – du cou ple, est perçue dans ses plus mauvais moments. La vie commune représente la liberté aliénée, voire le règne de la frustration et de la dissension. Lui, a soif d’indépendance et d’aventure mais aussi de réconfort et Elle, qui juge son époux sans aucune complaisance réclame pourtant sa présence. Ils sont englués dans une situation de dépendance mutuelle excessive qui, cependant, les protège de la solitude et de l’angoisse de l’inconnu.

Ionesco suite
Ionesco suite © Agathe Pouponey

La leçon La leçon est une démonstration de l’impossibilité fondamentale de communiquer ; les mots ne peuvent être porteurs d’une si gni fication précise, parce qu’ils ne tiennent pas compte de l’association personnelle qu’ils portent pour chaque individu.La pièce montre aussi le langage comme un ins trument de puissance. L’élève y est peu à peu vidé de sa vitalité alors que le professeur gagne en assurance et en domination. C’est la nature sexuelle et sadique de toute autorité qui nous est démontrée.in Théâtre de l’absurde, martin esslin/éd. buchet-chastel, Eugène Ionesco, Théâtre completI /éd. la Pléiade

La tournée

du 5 au 7 février au NECC de Maisons-Alfort19 février à l'Espace 93-Victor Hugo de Clichy-sous-Bois27 & 28 février à l’Onde de Vélizy-Villacoublay (15 H et 21H)

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