Curieuse ambiance à Avignon. Cette année, le off commence 6 jours après le "in", du coup, pas de couleurs. Ni parades, ni distribution de "flyers" à la terrasse des cafés où la commande ne varie pas, chaleur oblige : un "pack à l'eau" (citronnade glacée) ou, tout dépend de l'heure et de sa résistance, une bouteille de rosé glacé.

Christophe Raynaud de Lage/Fest d'Avignon
Christophe Raynaud de Lage/Fest d'Avignon © FA / Christophe Raynaud de Lage

Début du "in" hier, donc. Pas dans la Cour mais à la Carrière Boulbon où Valérie Dréville (artiste associée de cette 62è édition avec le metteur en scène Roméo Castellucci) monte avec 3 autres acteurs, "Partage de midi" de Claudel. A l'entrée de la carrière, Rémi Fort, chef du service de presse, distribue aux journalistes ce qu'ils ont oublié : un spray anti-moustiques. On souhaite au public d'y avoir pensé, car le geste n'est pas superflu. Les insectes font partie de la fête durant les 2h45 de spectacle (sur des sièges durs et inconfortables à souhait, torture franchement inadmissible en 2008. S'il vous plaît, pensez à nous, journalistes ou pas!)Le quatuor d'acteurs (qui se met en scène sans regard extérieur) a choisi de monter la première version du "Partage de midi", celle que Claudel écrit au début du 20è siècle, encore plein de cette histoire d'amour malheureuse et profondément marquante avec une femme mariée.Elle est ici Ysé, épouse et mère de famille qui va s'émanciper et connaître, dans le même mouvement, les affres de cette soudaine liberté amoureuse. Il faut saluer le travail du quatuor sur le texte et sa volonté de le dépouiller pour faire entendre sa poésie. Le premier acte sur le bateau est un exemple de rigueur. Sur un simple plateau en bois, cerné par des lumières magnifiques, on devine un bateau sur l'eau, car les corps tanguent durant le voyage où Ysé va sortir des conventions du mariage. Mais pourquoi Valérie Dréville est-elle aussitôt une Ysé froide et revêche? Durant 2h 45, elle restera ainsi monolithique. Ysé insiste : "Je suis mauvaise", aussi la comédienne choisit-elle de jouer ce rôle en s'interdisant la moindre séduction. Oui, Dréville est une grande comédienne, mais elle joue trop avec son expérience d'actrice (Vitez, Vassiliev, Françon..) On croirait qu'elle incarne Ysé avec sa mémoire de "Médée" ou des rôles féminins qu'elle a tenus dans Edward Bond. Femme torturée, tragique et presque effrayante (sorcière?).Certes, on entend le jeune Claudel amoureux de la poésie de Rimbaud et fou de ce amour perdu. Certes, les quatre comédiens ont beaucoup travaillé et leur spectacle est digne de la recherche que l'on attend dans un festival comme celui-ci, mais ils font de "l'entre soi". Sur ce plateau (qui va superbement se démanteler pour former des wagons qui partent au loin sur des rails), ils nous tiennent à distance. Peut-être manque-t-il une simplicité de jeu et une incarnation. Il semble que la tragédie ait lieu tout de suite, sans plongée dans l'effroi. Et quelle aridité!Applaudissements polis, on le regrette pour Valérie Dréville, Nicolas Bouchaud, Jean-François Sivadier, Gaël Baron, mais il est difficile de s'enthousiasmer pour ce Partage qui, au fond, n'a pas lieu.

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