Dans "l'habilleur", Laurent Terzieff incarne un acteur en fin de vie, un chef de troupe qui durant la deuxième guerre mondiale emmène sa compagnie sans le sou dans toute l'Angleterre jouer Shakespeare. L'acteur est saisissant de vérité, troublant aussi.Son personnage est en bout de course, usé, déprimé, psychotique, il serait plus à sa place dans une maison de retraite que sur une scène.Les spectateurs vont entrer dans la salle... Or, il est dans un tel état qu'on ne peut pas l'imaginer jouer le roi Lear, ce soir-là.Terzieff se fond dans le personnage. Le trouble vient de cet effet miroir. Très maigre, le visage émacié, fardé de blanc, l'esprit perdu comme celui du roi Lear, il fait peur, comme son personnage. Son habilleur, excellent Claude Aufaure, va le porter jusqu'à la scène en le dopant, en le flattant. La pièce repose sur ce duo célèbre du maître et du valet. Ces deux là se ressemblent au fond. Chacun dans son rôle n'a vécu que dans le cocon des théâtres et que pour le théâtre. Du monde, ils ne connaissent que ce que Shakespeare en a dit. Terzieff a des scènes magnifiques, drôles ou tragiques. Oui, il jouera le roi Lear ce soir là, mais au prix de quelle souffrance?Laurent Terzieff traduit dans ce rôle la passion du théâtre qu'il a toujours déployée, il dit, dans la peau de ce Norman, ce rêve fou que le théâtre peut sauver le monde et qu'on peut être un vieil acteur égoïste, narcissique, et être prêt à mourir sur scène par amour du texte et du public, simplement pour transmettre."L'habilleur", au théâtre Rive Gauche, 6 rue de la Gaité, à Paris, 14ème, du mardi au samedi... 19 à 38 €.PS : Vous pouvez réécouter la "bibliothèque de Laurent Terzieff" diffusée dans esprit critique le 3 avril 09, ainsi que toutes les lectures du comédien, diffusées dans l'émission.

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img © Radio France
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