Olivier Py vient d'achever une entreprise théâtrale audacieuse, comme peu d'auteurs metteurs en scène osent et savent le faire.

L'inachevé
L'inachevé © P Victor / P Victor
L'amoureux de Claudel qui parfois peut agacer avec sa revendication peu modeste de "poète" a conçu un spectacle sur le pouvoir et la mort, à partir de la figure de François Mitterrand. Avec la lecture qui est la nôtre a posteriori, celle d'un vieil homme malade qui se lance dans une double bataille, la lutte pour conserver le pouvoir et le combat contre son corps, rongé par un cancer. Porté par un Philippe Girard éminemment charismatique (il tenait là son meilleur rôle), "Adagio" rappelait que l'urgence d'un homme de théâtre est de savoir donner à entendre le répertoire, mais aussi (et surtout?) de prendre en charge l'histoire présente ou proche. En invitant par ailleurs comme auteur associé Joël Pommerat, Olivier Py a su convier à l'Odéon, second théâtre le plus subventionné en France après la Comédie Française, un inventeur de formes qui sait interroger sur un plateau nos existences. Deux exemples prouvant la vitalité de l'Odéon sous la direction d'Olivier Py que Frédéric Mitterrand remercie ce soir, violemment, au profit de Luc Bondy. C'est un choix inexpliqué autant que brutal. Il ne s'agit pas de critiquer le nouveau mandat d'un représentant brillant du théâtre européen, Luc Bondy, mais de dénoncer l'éviction inexplicable d'un acteur essentiel du théâtre contemporain. Le ministère lui a sans doute promis un mandat à court terme (Avignon dans deux ans?), il reste que son histoire avec ce lieu s'arrête trop brutalement. Un lieu qu'il a su faire sien autant que nôtre.
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.