Il sera inhumé demain à l'église Saint-Roch à Paris, neuf jours après Pierre Vaneck. Ils avaient joué ensemble "Luther" à Avignon. Georges Wilson interprétait le père du réformateur. Avignon avait formé le comédien. Vilar l'avait adoubé parmi les premiers dans sa troupe du TNP. Il fut notamment un Ubu de légende. C'est lui, d'ailleurs, qui prit la succession du maître à Chaillot, jusqu'à ce que les reproches soient si lourds après 68 qu'il se sentit obligé de jeter l'éponge en 72. Bien qu'il ait créé la salle Gémier pour faire entendre du théâtre contemporain (il fit découvrir Edward Bond aux spectateurs français), Wilson se vit reprocher de ne faire appel qu'à l'ancienne garde des acteurs et de la mise en scène. Alors, il fit son chemin de comédien et de metteur en scène dans le privé et le subventionné. Chacun conserve ses propres images de Georges Wilson. Lui et son allure d'ogre soufflant de sa voix de stentor sur le petit roseau Dufilho dans "il était une fois Rappaport". Lui à la télévision disant du Claudel devant une assemblée muette d'admiration. Lui en toge, Paulin, conseiller de Titus, Lambert Wilson, disant les vers raciniens de "Bérénice" avec une émotion profonde dans l'écrin ocre rouge et jaune des Bouffes du Nord. Lui encore, au cinéma, l'an dernier, notable pris en otage par Mesrine pour une apparition courte et mémorable. Une présence rare sur scène et à l'écran. Quelque chose en lui d'une rare violence. Un homme dur et caractériel, dit-on, mais un comédien dévoré par le théâtre qu'il a défendu et servi noblement et avec ferveur jusqu'à ses 88 ans.

AFP Archives Jean Pierre Muller
AFP Archives Jean Pierre Muller © Radio France
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