de Sébastien Thiérymise en scène Jean-Michel Ribesavec Grégoire Bonnet, Diouc Koma, Camille Rutherford, Isabelle Sadoyan et Sébastien Thiéry Sébastien Thiéry est un être singulier mu par une insolence burlesque et une imagination dont l’absurdité n’a d’égal que sa vivacité. C’est quelqu’un dont la nature même semble faite pour anéantir l’esprit de sérieux et faire disparaître nos tracas à coup de répliques irrésistibles.Je le connais depuis longtemps, il m’a réveillé un beau matin habillé en maître d’hôtel de luxe, queue de pie et gants blancs m’apportant sur un plateau d’argent un petit-déjeuner… seule façon m’avait-il dit de me rencontrer à un moment où il n’y parvenait pas.Voilà, Sébastien Thiéry c’est quelqu’un qui vous réveille au moment où on s’y attend le moins, avec un sourire de petit diable qui fait briller ses yeux et ses pièces.

L’Origine du monde
L’Origine du monde © Giovanni Cittadini Cesi

J’ai mis en scène sa première oeuvre Sans ascenseur au Théâtre du Rond-Point il y a sept ans. Il m’a demandé de lire L’Origine du monde et de la monter si elle me plaisait. Elle m’a beaucoup plu, même un peu plus que ça… Et il est le bienvenu dans ce Théâtre du Rond-Point qui tente à travers l’écriture d’aujourd’hui de saluer la fantaisie subversive des auteurs vivants.Jean-Michel Ribes

Jean-Louis, quarante ans, réalise en rentrant chez lui que son coeur ne bat plus. Est-il en vie ?Est-il mort ? Comment interpréter ce singulier signe du destin ? En sursis, il enquête, s’inquiète. Ni son ami vétérinaire, ni sa femme n’arrivent à trouver une réponse sensée à sa panique. Seul un marabout africain semble en mesure d’aider Jean-Louis. Mais pour cela, il aura besoin de remonter à la source de ses problèmes : sa mère, ou plus exactement le sexe de sa mère.

Entretien avec Sébastien Thiéry

La pièce L’Origine du monde est-elle un portrait de mère ou un portrait de fils ? Ni l’un ni l’autre. C’est surtout d’une photo de vagin dont il est question. Plus sérieusement, je suis bien incapable de dresser le portrait de la mère en général, et de la mienne en particulier. L’Origine du monde est juste une farce, un peu dérangeante je le concède, mais qui n’a d’autre ambition que de faire rire.C’est une pièce de réconciliation, ou une déclaration de guerre ? Un peu les deux probablement. Ça dépendra des spectateurs. Pour moi une bonne pièce, c’est celle qui raconte à différentes personnes différentes histoires. Il n’y a aucune psychologie dans L’Origine du monde, juste une situation absurde : celle d’un homme qui doit prendre en photo le sexe de sa mère pour ne pas mourir. Mais pourquoi trouver un sens à cela ? Je ne sais pas ce que j’ai voulu dire, je sais à peine ce que j’ai voulu taire...

L'origine du monde
L'origine du monde © Giovanni Cittadini Cesi

L’Origine du monde règle son compte à la mère, monstre castrateur. Toutes les mères sont-elles des « hommes à abattre » ? Je connais surtout ma mère, ça m’est difficile de répondre pour celles des autres. Vous écrivez pour Pierre Arditi, Richard Berry, Patrick Chesnais… Aujourd’hui pour Jean-Michel Ribes… Le théâtre, c’est une histoire d’hommes ? Mon théâtre certainement. J’écris des rôles d’homme principalement parce que j’en suis un. Je raconte mes histoires comme si elles m’arrivaient.Et puis je suis un acteur qui a longtemps été au chômage, alors inconsciemment, avant de me lancer dans l’écriture d’une pièce, je me projette toujours dans le rôle central au cas où on ne me proposerait plus rien. J’ai la chance que de grands comédiens acceptent d’interpréter mes personnages, alors je leur laisse la place et je me retrouve être un auteur qui n’écrit que pour les hommes.Aimez-vous horrifier le spectateur avec des thématiques « tabou » ? Le théâtre, c’est une arme de provocation ? Un lieu de dérangements ? Je n’aime pas particulièrement horrifier les spectateurs, mais j’essaie néanmoins de les surprendre à chaque fois. J’ai tendance à raconter toujours la même histoire dans mes pièces, celle d’un bourgeois qui se bat contre une situation qui se détraque. J’aime cette idée de répétition, mais le danger serait que je me répète. Pour éviter cela, j’essaie de me surprendre moi-même en allant plus loin à chaque fois dans l’impertinence, voire l’insolence et quelques fois la provocation. Et puis je le reconnais, j’aime bien écrire des choses dérangeantes.En même temps, les gens se dérangent pour venir au théâtre, c’est normal qu’ils se sentent parfois dérangés quand ils en sortent.Propos recueillis par Pierre Notte

L’Origine du monde
L’Origine du monde © Giovanni Cittadini Cesi
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