de Henrik Ibsenavec Marion Bottollier, Camille, Ophélie Clavie, Didier Flamand, Nicolas Martel, Nicolas Maury et Nicolas Struve,Traduction et mise en scène Claude Baqué Création musique et chants Camille Scénographie, lumières Matthieu Ferry

Je suis tombée sous le charme de La Dame de la mer dès la première lecture. Comment ne pas m’identifier à cette femme si moderne qui, justement, s’applique à rompre le charme ? Qui plutôt que de céder, telle une héroïne tragique, à un inextricable conflit intérieur, accepte de s’en libérer par le dialogue ? En choisissant son mari plutôt qu’un ténébreux marin, elle se libère de ses propres fantasmes et ouvre la voie au véritable amour et, selon moi, à la création... C’est à cet appel du large au sens onirique que je réponds. Jouer la dame de la mer, c’est lui donner une voix, une voix qui parle, qui dialogue, mais aussi une voix qui chante, qui s’égare d’abord pour enfin s’incarner, qui de voix intérieure se mue en célébration de l’eau et des rêves. Camille

Présentation de la pièce par Isabelle Pasquier

La dame de la mer
La dame de la mer © Pascal Victor - Art Com Art

Ellida a grandi près de la mer, fille du gardien de phare. Après la mort de son père, elle s’est mariée avec le docteur Wangel, un homme plus âgé qu’elle, qui l’a emmenée vivre loin de la mer, à l’intérieur d’un fjord. Ils ont eu un garçon, mort en bas âge.Ellida a sombré, depuis, dans une curieuse mélancolie, une « irrésistible nostalgie de la mer ». Elle se baigne chaque jour dans le fjord quel que soit le temps au point que les gens du pays l’ont surnommée « la dame de la mer ».

Son mari s’inquiète de ce mal étrange qui a éteint en elle toute espèce de désir. Il prend l’initiative de faire venir un ancien ami, pensant que d’une confrontation avec celui dont elle fut autrefois amoureuse pourrait naître une guérison. Sa rencontre avec Arnholm nous apprend qu’elle en aimait un autre, dont le souvenir la hante.Arrive alors un jeune sculpteur qui raconte à Ellida une histoire qu’il a vécue, et qui sera le sujet de son œuvre à venir, celle d’un marin sorti des flots et venu se venger de celle qui lui fut infidèle.

Elle lui avoue qu’elle était autrefois fiancée à un marin. Puis, l’homme s’était enfui et elle avait fini par l’oublier. Depuis la mort de leur petit garçon, elle est en proie à des visions: l’homme apparaît régulièrement devant elle, L'étranger disparu débarque dans la ville et lui annonce qu’il est venu la chercher. Elle a jusqu’au lendemain pour savoir si elle souhaite partir avec lui. Effrayée et attirée, elle appelle son mari à l'aide.Elle l'accuse ensuite de l’avoir « achetée » quand ils se sont mariés alors qu’elle était désespérée. Elle veut « résilier le marché » et le supplie de la laisser partir.Lorsque l'étranger revient, Wangel tente une dernière fois de la retenir mais finit par céder et lui rend sa liberté. Contre toute attente, Ellida fait alors le choix de rester auprès son mari et l'étranger disparaît.

On distingue ordinairement trois moments dans l’œuvre d’Ibsen: ce qu’on appelle ses« pièces de jeunesse » (dont quelques chefs-d’œuvre encore jamais représentés en France !) ; les trois grandes pièces du milieu de sa vie (Brand, Peer Gynt et Empereur et Galiléen) ; et enfin, ce qu’on appelle « Les drames modernes », ce vaste massif de douze pièces, qu’il écrivit au rythme d’une tous les deux ans, entre 1877 et 1899. La Dame de la Mer, achevée en 1888, s’inscrit dans ce dernier ensemble, entre Rosmersholm et Hedda Gabler.Or, les dernières pièces d’Ibsen ont en commun de finir par la mort des principaux protagonistes. Rebekka et Rosmer se jettent dans le torrent du moulin. Hedda et Løvborg se tirent une balle dans la tête. Solnesss tombe du haut de sa tour. Et tant d’autres… À ce titre, La Dame de la mer fait exception. [.....] Cette « fin heureuse » viendrait contrarier le pessimisme d’un Ibsen prophète des désastres du siècle à venir. Ou bien, elle serait un retour à l’ordre bourgeois (la Nora de Maison de Poupée qui rentre au bercail !). Susan Sontag, en introduction à son « rewriting » de La Dame de la mer, affirme quant à elle que cette fin serait une faute dramaturgique.

La dame de la mer
La dame de la mer © Pascal Victor - Art Com Art

Dans cette « polémique », nous prendrons le parti du texte. Cette fin est non seulement « possible », mais « nécessaire ». Et elle engage le sens même de la pièce. Mais de quoi s’agit-il ? D’une jeune femme, mariée avec un homme plus âgé, auquel elle se refuse depuis qu’ils ont perdu un enfant en bas âge, et qui est envahie par une étrange mélancolie, une « irrésistible nostalgie de la mer ». Elle a des visions. À tout moment apparaît devant elle, « en chair et en os », un marin avec qui elle s’est autrefois fiancée et qui a les mêmes yeux bleus que l’enfant mort. Un homme arrive soudain, un « Étranger ». C’est lui. Il lui rappelle qu’il avait promis de revenir la chercher. À la fois effrayée et attirée par cet homme, elle demande à son mari de la protéger. L’Étranger se retire, en lui disant de se tenir prête pour le lendemain. Elle accuse alors son mari de l’avoir « achetée », et lui demande de la laisser partir avec l'étranger. Lorsque celui-ci revient, le mari décide de la laisser libre. Elle choisit finalement de rester et l’homme disparaît.

C’est cette fin, qui est contestée. Sur la forme comme sur le fond. Un oui à l’un, qui est un non à l’autre, et la pièce « se retourne », en effet. Mais ce « retournement » doit être entendu à son sens le plus haut. C’est un évènement. Qui annule tout ce qui l’a précédé. Le contraire même d’une fin annoncée. [.....]Le continent qu’Ellida découvre à son tour, à l’instant même où, libérée, elle décide de rester, n’est rien moins que son propre désir. Mais elle aura gagné les rivages de ce « nouveau monde » au prix d’une périlleuse traversée. Notre mis en scène sera le récit de ce voyage.Comme toutes les grandes figures féminines d’Ibsen, Ellida est une« femme sous influence » . Mais, contrairement à la Rebekka de Rosmersholm, ou à Hedda Gabler, elle se libère. Et ce qui est encore plus singulier, c’est que la cage dont elle s’évade n’est pas celle qu’on aurait pu imaginer. [....]Roulé dans une bouteille et jeté à la mer, le message d’Ibsen aura traversé indemne un siècle de naufrages, et survécu à tous nos « désenchantements » : quelque chose est possible, malgré tout, du côté de l’amour entre les êtres. Pour autant qu’ils consentent à se libérer.

La dame de la mer
La dame de la mer © Pascal Victor - Art Com Art

Lorsque j’ai proposé àCamille d’interpréter le personnage d’Ellida, elle m’a répondu qu’elle se sentait si proche de cette « dame de la mer », qu’elle aurait pu aussi bien la chanter. Je me demandais alors comment donner corps, dans la mise en scène, à cette fusion du personnage avec la mer, à cette nostalgie, à cette douleur. Et il m’est apparu que le chant pouvait être ce « corps des larmes » d’Ellida, la musique étant un autre nom de la mer elle-même. Nous avons donc convenu d’introduire des plages de chants, qui interviennent à ces moments précis où Ellida s’évade vers sa « mer intérieure ». Le temps théâtral y est comme suspendu. Elle laisse alors venir ce qui monte en elle, ce qui fait retour comme ce qui veut naître en elle. Des moments d’invention, de pure création, voir d’improvisation qui, du cœur de la tempête, préfigurent en quelque sorte la « métamorphose » finale : la sirène devenue femme.Claude Baqué

La tournée

16 & 17 février La Comète-Scène Nationale, Chalons-en Champagne 28 février - 17 mars Théâtre des Bouffes du Nord20 mars 2012 Théâtre Simone Signoret, Conflans-Sainte-Honorine 22 mars 2012 Théâtre des Jacobins, Dinan 24 mars 2012 Théâtres en Dracénie, Draguignan 26 mars 2012 Théâtre de l’Olivier, Istres 28 mars 2012 Théâtre Jean Vilar, Bourgoin Jallieu 30 mars 2012 Théâtre de Chelles, Chelles En tournée en novembre 2012 et avril/mai 2013

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