« Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui »…

La faculté des rêves
La faculté des rêves © au Théâtre du Nord – Lille

Christophe Rauck se saisit de la radicalité du propos de Valérie Solanas, cette icône féministe dans l'Amérique des années 60, homosexuelle et intellectuelle en colère dont l'Histoire a surtout retenu sa tentative d'assassinat sur Andy Warhol

« Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui », écrit Valerie Solanas dans SCUM Manifesto, pamphlet coup de poing appelant à la rébellion des femmes et à l’éradication des mâles. Fascinée par cette artiste sans concessions, connue pour sa tentative d’assassiner Andy Warhol, Sara Stridsberg évoque dans son roman, La Faculté des rêves, la personnalité complexe et tourmentée de cette femme à la croisée des chemins entre combat féministe et engagement artistique. 

La faculté des rêves
La faculté des rêves / Photos de répétition Pierre Martin

J’avais été fascinée, excitée, émue à en pleurer par cette diatribe d’une virulence et d’une insolence irrésistible, cette satire du patriarcat qui ne ressemblait à rien de ce que j’avais lu (…). La langue était insensée, les revendications belles et démentielles, et du texte sourdait une voix d’animal sauvage qui semblait ne respecter aucune des conventions en vigueur dès qu’il est question de rhétorique, de politique, d’art, de philosophie et d’avenir. 

Sara Stridsberg 

La faculté des rêves
La faculté des rêves / Photos de répétition Pierre Martin

Cette voix est celle de La Faculté des rêves, de ce livre sismique, habité, hanté, dément, dans tous les sens du terme, « azimuté », dit même la narratrice. La parole de Valérie Solanas fut interdite (on refuse d’enregistrer ses déclarations lors du procès), méprisée, désavouée par Warhol (qui « perd » le manuscrit de Up Your Ass), elle est «scum», rebut, lie, écume. Sara Stridsberg restitue la puissance poétique et révolutionnaire du verbe de celle qui se rêva la « première pute intellectuelle de l’Amérique ». Et même si la mort est « la fin de tous les récits », Valérie respire dans ce texte, elle inspire avant d’expirer. Et demeure, à jamais, dans ce roman exceptionnel, « un état, un jeu, une invasion, un miroir, un pays des merveilles et une promesse d’absolument rien ». 

La faculté des rêves
La faculté des rêves / Photos de répétition Pierre Martin

Dans la construction de son roman, Sara Stridsberg donne à voir une vision hyper sensible de l’Amérique. Valérie Solanas, personnage engagée dans son combat contre les hommes à l’âme blessée par les différents drames de son enfance, est le produit de cette Amérique qui, si elle crée des artistes comme Andy Warhol, ne peut échapper à la naissance d’autres radicalités comme la sienne.  

Christophe Rauck reprend également en tournée Comme il vous plaira, Le Pays lointain (Un Arrangement) et, Toute ma vie j’ai fait des choses que je savais pas faire et Départ volontaire.

►►► Distribution 

  • La faculté des rêves de Sara Stridsberg 
  • Mise en scène : Christophe Rauck 
  • Avec : Anne Caillère, Cécile Garcia Fogel, Mélanie Menu, Christèle Tual, David Houri, Pierre-Henri Puente 
  • Traduction Jean-Baptiste Coursaud 
  • Adaptation & Dramaturgie Lucas Samain 
  • Scénographie Aurélie Thomas 
  • Vidéo Pierre Martin 
  • Costumes Coralie Sanvoisin  
  • Lumières Olivier Oudiou 
  • Son Xavier Jacquot  
  • Création masques Judith Dubois 

Source Théâtre du Nord – Lille 

►►► FAC’STORY : Feuilleton hebdomadaire racontant l’univers de la pièce : 

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