Opéra en 3 actes de Léo Delibes Livret d'Edmond Gondinet et Philippe Gille. Créé en 1883 à l'Opéra Comique. Direction Musicale, François-Xavier Roth Mise en scène, Lilo Baur Avec :Sabine Devieilhe, Frédéric Antoun, Élodie Méchain, Paul Gay, Jean-Sébastien Bou, Marion Tassou, Roxane Chalard, Hanna Schaer, Antoine Normand, Laurent Deleuil, David Lefort, Jean-Christophe Jacques - Chœur, accentus - Orchestre, Les Siècles

Lakmé à l'Opéra de Lausanne
Lakmé à l'Opéra de Lausanne © Marc Vanappelghem

Lakmé se passe en Inde à l’époque de la colonisation britannique. À la création de l’opéra en 1883, la présence anglaise en Inde remonte à plus de deux cents ans.En 1876, la reine Victoria est couronnée impératrice des Indes. La colonie passe alors pour le joyau de l’Empire britannique mais la réalité est toute autre. La présence britannique en Inde repose sur l’armée et les divergences religieuses sont exacerbées.Lakmé est censé se passer à cette période : le personnage du brahmane Nilakantha appelle à la révolte contre l’occupant anglais et dénonce la destruction des temples hindous par le colonisateur. Toutefois, l’opéra dépeint moins une Inde réelle qu’un pays oriental tout droit sorti de l’imagination de librettistes soucieux de fantaisie et d’exotisme.Lakmé s’inscrit dans le courant orientaliste qui, au 19e siècle, gagne tous les domaines artistiques. Cette esthétique parcourt l’histoire de l’art occidental.

Lakmé, entre opéra-comique et opéra

Il existe deux versions de Lakmé qui témoignent des mutations subies par l’opéra-comique dans la deuxième moitié du 19e siècle.A l’origine, Delibes compose un opéra-comique alternant passages chantés et parlés d’où la création de l’oeuvre à la Salle Favart. Mais à partir des années 1880, les dialogues parlés commencent à disparaître au profit de partitions intégralement chantées.Delibes conçoit donc des récitatifs chantés ou accompagnés appelés aussi ariosos : l’orchestre ponctue les interventions du chanteur dont les inflexions et la déclamation se rapprochent du parlé. Citons à titre d’exemple l’éveil de Gerald à l’acte III, « Quel vague souvenir alourdit ma pensée ? ».Cette version avec récitatifs chantés, qu’a choisie le chef d’orchestre François-Xavier Roth, est la seule jouée de nos jours.

Lakmé à l'Opéra de Lausanne
Lakmé à l'Opéra de Lausanne © Marc Vanappelghem

A l’opéra, Lakmé emprunte aussi la virtuosité vocale. Les rôles de Lakmé et Gerald nécessitent une grande agilité et une tessiture (l’écart compris entre la note la plus grave et le note la plus aiguë) particulièrement étendue. Celle de Lakmé, qui affronte l’un des airs les plus virtuoses du répertoire, l’air des clochettes, au deuxième acte, s’étend sur plus de deux octaves. Le registre aigu de Gerald est particulièrement sollicité dans l’air de bravoure, «Prendre le dessin d’un bijou ».Par d’autres aspects, Lakmé relève de l’opéra-comique. Le quintette bouffe des Anglais, au premier acte, est typique du genre par son écriture et son entrain.Enfin, la forme couplets / refrains, utilisée à maintes reprises, est caractéristique de l’opéra-comique. Delibes y recourt dans les Stances de Nilakantha au deuxième acte. Le refrain « C’est que Dieu de nous se retire, / C’est qu’il attend la mort du criminel. / Mais je veux retrouver ton sourire, / Oui, je veux retrouver ton sourire, / Et dans tes yeux je veux revoir le ciel ! » s’intercale entre deux couplets. On retrouve cette structure dans la berceuse de Lakmé avec le refrain « Sous le ciel tout étoilé / Le ramier blanc au loin s’en est allé », énoncé à trois reprises. Ce mélange d’éléments d’opéra et d’opéra-comique répond à une nécessité dramatique.

Lakmé à l'Opéra de Lausanne
Lakmé à l'Opéra de Lausanne © Marc Vanappelghem

L’orientalisme dans Lakmé

L’orientalisme est perceptible dans l’instrumentation, l’harmonie et le rythme.Delibes utilise des instruments évocateurs de l’Orient : le tambour de basque (un tambourin serti de disques métalliques) dans la berceuse de Lakmé, les crotales (sorte de petites cymbales) dans le Terâna et surtout la flûte particulièrement dans le ballet.Il privilégie certains intervalles comme les quintes à vide (un intervalle de cinq notes sans tierce au milieu) et les secondes augmentées notamment dans l’ouverture et le ballet du deuxième acte.Enfin, les ostinatos rythmiques (la répétition d’un même rythme comme, au 20e siècle, dans Le Boléro de Ravel) sont nombreux. Dans l’Introduction de l’acte I, la flûte répète un motif qui évoque la luxuriance de la nature indienne et l’aube naissante.Le 19e siècle marque certes l’apogée de l’orientalisme mais aussi le triomphe de Wagner à l’origine du concept de mélodie continue ponctuée de leitmotivs.

Lakmé à l'Opéra de Lausanne
Lakmé à l'Opéra de Lausanne © Marc Vanappelghem

Des sources au livret

Dans L’Avant Scène Opéra, Hervé Lacombe réalise une étude comparative des lieux dans le conte de Pavie et chez Delibes.D’un côté, une « image du lotus, dessinée à la main sur le seuil, qui traçait une large rosace et formait une espèce de parvis que nul pied profane n’aurait osé fouler. Une guirlande de fleurs fraîchement cueillies se balançait au-dessus de la porte et décorait la statuette de Ganeça, idole à tête d’éléphant que les brahmanes invoquent comme le dieu de la sagesse » ; de l’autre, « un jardin très ombragé où croissent et s’entremêlent toutes les fleurs de l’Inde. – Au fond, une maison peu élevée, à demi cachée par les arbres. L’image du Lotus sur la porte d’entrée et plus loin une statue de Ganeça, idole à tête d’éléphant, dieu de la sagesse, donnent à cette mystérieuse habitation l’aspect d’un sanctuaire. Au fond, le commencement d’un petit cours d’eau qui se perd dans la verdure ».La similitude est flagrante.Les personnages de Lakmé trouvent leurs équivalents chez Pavie : dans les deux cas, l’héroïne féminine se dit d’essence divine, le brahmane combat la colonisation et le couple d’amoureux anglais fait écho aux figures d’Augusta et de Sir Edward.En revanche, le nom de Lakmé est une invention des librettistes. Selon Hervé Lacombe, il « vient de toute évidence du nom donné aux épouses de Vichnou, Lakshmîs (Lakshmi au singulier), que cite Pavie ».Les librettistes reprennent donc des éléments sans pour autant coller strictement au récit.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.