Tiens, un virage s'est produit au festival. Avec l'arrivée de la pluie, Dieu a cédé sa place au questionnement sur le choc des civilisations. Plus de questions spirituelles, mais un théâtre qui dépeint la cruauté des hommes. Deux metteurs en scène (le flamand Guy Cassiers et le néerlandais Ivo Van Hove) s'emparent de textes classiques pour dénoncer les tyrannies actuelles, chacun dans une forme moderne, mais très différente. Guy Cassiers montrait déja dans "Volfskers", de Jeroen Olyslaegers, trois figures d'autocrates sur le déclin, Lénine, Hitler et Hirohito. Cette fois, dans "Atropa", l'auteur Tom Lanoye a recours aux auteurs grecs classiques (Euripide, Eschyle) pour composer une tragédie en trois actes, avant, pendant et après la guerre de Troie. Le néerlandais Ivo Van Hove ne met en scène qu'un auteur, Shakespeare, mais il regroupe trois de ses pièces (Coriolan, Jules César, Antoine et Cléopâtre) en un seul spectacle, "Tragédies romaines". Si ces pièces tendent à dénoncer les "guerres de civilisation" actuelles, Orient contre Occident et notamment les guerres menées par les Bush père et fils, sur le plateau, les projets n'ont rien à voir.Ivo Van Hove monte ses "Tragédies romaines" comme la série télé "24 heures chrono", avec des "pauses", pas des entractes, comme des coupures publicitaires pendant lesquelles le spectateur est incité à descendre sur le plateau pour consommer, grignoter, boire... Rien à voir avec les repas conviviaux du théâtre du Soleil. Le public peut aussi s'asseoir dans de grands canapés présents sur scène et regarder la pièce se jouer comme de la télé réalité, directement sur des écrans de télévision. Pièce zapping, finissant dans les hurlements ou les pleurs d'une Cléopatre toujours alanguie, pute d'Egypte. Un zapping qui ne permet ni l'émotion ni l'écoute satisfaisante du texte. Le public ne sort pas épuisé de cette représentation de 5 h trente, car il a pu se dégourdir les jambes et même, consulter ses mails. A l'inverse, dans "Atropa", Guy Cassiers met tout en oeuvre pour que le texte prime. Le rythme est lent, les femmes ressemblent à des statues. Dans la pénombre, armés d'un micro hf, les acteurs (d'abord un peu statiques) font entendre dans un registre intimiste une langue magnifique qui ne tarde pas à bouleverser. La vidéo ici est au service du théâtre. Hélène, drapée de blanc, perchée comme sur une tour de la forteresse de Troie, est témoin et cause de la tragédie à venir. Elle incarne l'incapacité du mélange des deux civilisations, sa passion pour Paris l'oriental conduit à la guerre et à la destruction de Troie, métaphore de l'Irak. On ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre les destins d'Hélène et Paris et de Cléopâtre et Antoine. Comme des unions impossibles de l'Orient avec l'Occident. Dans les deux spectacles, l'Occident, peu glorieux, sort vainqueur. "Atropa", du 6 au 10 oct au théâtre de la Ville à Paris (festival d'automne), du 20 au 21 novembre au Cargo à Grenoble, et en tournée en Europe."Tragédies romaines", 23 et 24 août à Anvers, 5 et 6 sept à Amsterdam.

Koen Broos
Koen Broos © Radio France
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