Le mois de Juin, c’est le temps des cerises. Si nous enlevons une simple voyelle à ce mot, c’est aussi le temps des crises, dont on espère qu’il sera aussi court - et inoubliable - que l’autre. Et surtout ne baissons pas les bras, ni les yeux. Notre printemps sera cette année aussi fleuri, aussi resplendissant et revigorant que d’habitude. Shakespeare, Marx et Molière s’y donneront la main, et tout autour nous aurons d’autres paroles, d’autres gestes, d’autres musiques, et même Bergman et Pasolin i. Le printemps, c’est un élan, c’est aussi une espérance qu’acteurs et spectateurs, réunis, ne pourront jamais décevoir.Jean-Claude Carrière, Président du Printemps des Comédiens

Quelques spectacles

Film d'archives du spectacle : Les Règles du Savoir Vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce et Richard Mitou le vendredi 30 mai à 20h30 au théâtre Jean-Clauce Carrière. Le Printemps des Comédiens, les artistes et les techniciens qui ont collaboré à la création des “Règles du Savoir Vivre” s’associent à l’hommage rendu au metteur en scène Richard Mitou. Une participation de 10€ est demandée à chaque spectateur. La totalité des fonds récoltés sera reversée à Victoire, sa compagne et à Léon, leur fils.Eh bien, oui. On va sourire, on va rire dans le Théâtre Jean-Claude Carrière en regardant Les règles du savoir-vivre dans la société moderne filmé lors du festival 2011 dans le parc du domaine d’O. On va sourire, on va rire et pourtant Richard Mitou qui avait mis le spectacle en scène, n’est plus là, lui qui a choisi de partir....Macbeth - William Shakespeare/ Giuseppe Verdi/ Brett Bailey les 6 et 7 juin à 22h à l'amphithéâtre d'O Brett Bailey, blanc, Africain du Sud, metteur en scène de combat. Combat pour l’Afrique dont l’Histoire, de l’esclavage à la colonisation, est tissée de malheurs sans fin. L’an dernier, son Exhibit B. avait bouleversé le Festival d’Avignon. On ne sait si le mot «spectacle» était pertinent : le spectateur-voyeur parcourait un labyrinthe où des hommes et des femmes montrés comme au temps des expositions coloniales, le toisaient.En revanche, spectacle, sa création 2014 qui vient au Printemps des Comédiens après son passage dans les plus grands festivals européens -Vienne, Bruxelles avant Paris- l’est sans conteste. Doublement même puisqu’elle puise ses forces à la fois dans le Macbeth de Shakespeare et dans l’opéra que Verdi en a tiré. Shakespeare ? Verdi ?Mais l’Afrique alors ?

Macbeth - William Shakespeare/ Giuseppe Verdi/ Brett Bailey
Macbeth - William Shakespeare/ Giuseppe Verdi/ Brett Bailey © Le Printemps des comèdiens

Elle est là, bien sûr qui ne se reconnait que trop dans les meurtres et les malédictions shakespeariennes. Elle est là, dans les ruines de cet opéra que le colonisateur a laissées derrière lui et où Bailey installe les colonisés d’hier.On y a chanté Macbeth, jadis, au milieu des robes du soir et des peluches rouges. Cette fois, au milieu de ces vieux fantômes, chanteurs, musiciens, acteurs -24 artistes au total- y déroulent une fresque de sang où se mêlent les éclats de la musique verdienne et la mélopée des enfants-soldats, le verbe shakespearien et la litanie des horreurs africaines.L’héritage du colonisateur passé au hachoir du colonisé. Le nouveau choc Brett Bailey.....Macbeth (the notes) - D’après Macbeth de William Shakespeare Dan Jemmett/ David Ayala au Théâtre Jean-Claude Carrière le samedi 7 et le dimanche 8 juin à 20h

Macbeth (the notes)
Macbeth (the notes) © Patrick Berger

Un metteur en scène apparaît sur scène après la répétition générale de Macbeth. Pendant que les techniciens finissent de nettoyer le plateau, il prend une chaise et s’assied, sort un carnet de sa poche et commence à donner les notes qu’il a prises. Il s’adresse au public, comme si il s’agissait de ses acteurs. Probablement que la représentation ne s’est pas bien passée, il est tendu, pressé et a beaucoup de commentaires à faire. Par exemple : L’acteur incarnant Macbeth a donné son monologue, (l’un des plus célèbres quand même !) beaucoup trop rapidement ? Le metteur en scène se met alors à le jouer avec force détails pour lui montrer le bon rythme qu’il attend de lui. De même, pour l’acteur jouant le fantôme de Banquo, car il ne flotte pas correctement au-dessus du sol. Ou le portier qui devrait être davantage ivre. Ou Lady Macbeth, car elle devrait dénuder encore plus sa poitrine, dans l’Acte III Scène 2. De fil en aiguille, le metteur en scène se retrouve à interpréter « la pièce écossaise » intégralement en jouant tous les rôles, quoique dans une version bien à lui quelque peu déformée par ses notes ! Macbeth (The Notes) n’est pas seulement un regard ludique et amusé sur les rouages du théâtre : avec David Ayala, c’est aussi une relecture radicale et délirante d’un texte classique !Golgota Picnic - Rodrigo Garcia/ Marino Formenti au Théâtre des 13 vents le mercredi 11 Juin et le jeudi 12 juin à 20h30

Golgota Picnic - Rodrigo Garcia/ Marino Formenti
Golgota Picnic - Rodrigo Garcia/ Marino Formenti © Christian Berthelot

Comme des anges tombés du ciel, ils arrivent sur l’immense étendue des temps d’aujourd’hui déposer leurs solitudes. Celles de notre réalité, profondément humaines, profondément éclatées. Rodrigo Garcia scrute notre monde, l’habite et en donne une vision radicale et troublante, choquante parfois, pertinente toujours. L’intensité de son texte ouvre la voie délicate de l’art du portrait, intime, personnelle, balisée par le désarroi. La référence à la peinture, de Goya à Rubens, et à la liberté de l’oeuvre en atelier, ne fait qu’interroger le cours du temps et de l’histoire. Cette écriture dramatique croisée avec celle du virtuose pianiste italien, Marino Formenti, qui interprète l’intégralité de la version pour piano des « Sept dernières paroles du Christ sur la croix » de Joseph Haydn, donne toute la dimension de ce pique-nique. Rodrigo Garcia orchestre ici, par ses mots et ses visions, un monde suspendu à sa consommation où l’art n’est plus qu’un ornement, et nous rappelle les notes de Joseph Haydn comme pour ouvrir des lendemains apaisés....Morsure - Marie Molliens / Compagnie Rasposo sous chapiteau les 13 et 14 juin à 21h, les 15 et 17 juin à 20h et les 18 et 19 juin à 21h

Morsure - Marie Molliens / Compagnie Rasposo
Morsure - Marie Molliens / Compagnie Rasposo © Michel Corbière

Tenus éloignés du festival l’an dernier pour cause de blessure, les Rasposo sont de retour. Bonne nouvelle tant le Printemps et cette troupe familiale ont fait de route ensemble. Comme tant de scènes régionales d’ailleurs. Et nationales. Et internationales désormais, tant ce petit cirque est devenu grand depuis le temps où il affichait ce nom étrange, Rasposo, qui ne signifie rien d’autre que mal rasé en portugais.Ces mal rasés ont à leur palmarès Cirque en fil, Parfums d’est, Le chant du Dindon, autant de spectacles qui ont marqué les imaginaires dans un registre -le toujours renaissant nouveau cirque- où la concurrence est pourtant rude. Mais rien n’arrête la famille Rasposo.Parce que c’est une famille, justement et que la transmission y semble aller de soi : ainsi, après avoir dirigé quinze créations, Fanny Molliens passe le témoin à sa fille Marie. C’est dire si l’univers Rasposo, fait de performances circassiennes, de musique toujours en direct et de poésie théâtrale, a quelques beaux jours devant lui.En témoigne Morsure où, au-delà de la virtuosité physique, de la mise en danger du corps, au-delà du baroque quasiment fellinien de la mise en espace, il y a toutes ces émotions qui s’entrechoquent et qui font le prix des éternels Rasposo.Nous sommes seuls maintenant - Création collective Collectif In Vitro les 13 et 14 juin à 20h30 au Théâtre d’O

 Nous sommes seuls maintenant - Création collective Collectif In Vitro
Nous sommes seuls maintenant - Création collective Collectif In Vitro © Sabine Bouffelle

C’est un repas dans une maison des Deux-Sèvres au début des années 90. On s’attroupe sans modération, du grand-père à la petite-fille, autour de la table de François et Françoise, les parents de Bulle. Catherine pleure en écoutant Mike Brant et Marie-Pierre ne dit rien. Jacques est avocat d’affaires et Daniel exploitant agricole, Georges, gaulliste pur et dur, enrobe ses valeurs d’une poésie de gauche, Carmen, la « girlfriend » de Bulle, est venue et Michel Bandini rit beaucoup quand il ne sait pas quoi dire. Dans le fond, il y à l’Argentin Sullivan, qui a l’air de couver François, à moins qu’il ne le chauffe à blanc…Des barricades de Paris au Chili des années 70, tous les voyages et toutes les époques peuvent maintenant surgir de cette table-là. Nous sommes seuls maintenant est une grande pièce chorale en forme de portrait de famille. Le tableau d’une époque, pétrie de liberté et de contradictions. Sous l’oeil de leurs enfants de 20 ans et malgré les utopies envolées, les révolutionnaires d’hier refusent l’idée de vieillir. Quel héritage aujourd’hui pour les enfants de mai 68 ? Cette question agite la création de Julie Deliquet et du collectif In Vitro....Petit Mal - Race Horse Company les 17, 18 et 19 juin à 22h à l'Amphithéâtre d’O

Petit Mal - Race Horse Company
Petit Mal - Race Horse Company © Heli Sorjonen

Du cirque virtuose où l’humour noir et la poésie rivalisent avec l’engagement physique.Trois mauvais garçons tuent l’ennui en shootant dans des pneus et en rêvant d’Amérique. Évoluant dans un improbable bazar fait d’objets de récupération et de tas de ferraille, ils se jouent de l’instabilité du monde.Dans une atmosphère baignée par le blues de Bob Dylan et la musique électro, ils s’emparent d’objets quotidiens pour en faire les véhicules inattendus d’un voyage où l’exploit acrobatique flirte avec un humour déjanté. Nonchalants et virtuoses, ils nous plongent au coeur d’un univers physique et viril où tous les coups sont permis pour nous embarquer la minute d’après dans un monde de poésie et de dérision. Ainsi, on tangue entre la plus grande des prouesses et la plus belle des visions quand apparaît l’un d’entre eux surfant sur une mer de ballons bleus...Loin des conventions du cirque, de chutes en rebondissements, Petit mal semble s’écrire sur scène au moment où nous le découvrons, avec spontanéité, au gré des fulgurances, des querelles et des folies de ces trois garnements attachants. Oncle Picsou et Elvis s’invitent même au milieu de ce chaos ! Dans une esthétique de fond de garage où éclate la performance physique, Petit mal allie la break-dance, le trampoline, le mât chinois et l’acrobatie.Surgi de l’underground finlandais, voici la fine fleur du cirque scandinave....

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