Le Printemps des Comédiens est une association présidée par Jean-Claude Carrière . Il a été créé à l'initiative du Conseil général de l'Hérault en 1987. Il est dirigé par Jean Varela . Chaque année au mois de juin, dans les domaines du théâtre et du spectacle vivant, il accueille entre vingt et vingt cinq spectacles et plus de 40 000 spectateurs payants.

Que notre hirondelle traditionnelle n’en prenne pas ombrage : c’est un Oiseau Vert qui, cette année, annonce le Printemps. Il vient de Venise à tire d’aile et apporte dans son bec - merveille - tout le théâtre du monde. A son ramage, répondront l’éloquent Silence de Molière, des fanfares flamandes, des gongs vietnamiens, des chants ashkénazes et même Beaumarchais parlant avec l’accent belge. Encore ne compte-t-on pour rien Moïse en personne et Houellebecq par scène interposée. C’est le Printemps en un mot, celui qui refleurit avant tous les autres dans cet espace enchanté du domaine d’O. 29ème Printemps… Eternel printemps…

Jean-Claude Carrière , Président du Printemps des Comédiens

« Il faut allumer des flambeaux dans les esprits », lançait il y a plus de 150 ans Victor Hugo à la Tribune de France , cette Tribune qui n’a pu exister que parce qu’elle était ouverte sur elle-même et sur le monde. Cette exhortation à créer une politique culturelle seule à même de cultiver l’Homme, de le libérer de ses ornières pour l’ouvrir au monde et aux autres, est aujourd’hui plus que jamais d’actualité.Le Printemps des Comédiens est une tribune qui n’existe que parce que les voix vivent, frémissent, dialoguent et donnent sens et corps à des mots et gestes libres. La richesse des expressions dont le Printemps se fait le témoin n’est possible que parce qu’existe un maillage serré de structures culturelles qui inventent et expérimentent, produisent et créent, forment et animent, un maillage nécessaire, mais un maillage menacé qu’il est de notre devoir de défendre contre ceux qui pensent que la Culture est une variable d’ajustement de nos politiques.Mais à la tribune du Printemps , l’acteur est un semeur comme l’orateur de Hugo : « il prend dans son cœur ses instincts, ses passions, ses croyances, ses souffrances, ses rêves, ses idées, et les jette à poignées au milieu des hommes. Tout cerveau lui est sillon. Un mot tombé de la tribune prend toujours racine quelque part et devient une chose. Vous dites : ce n’est rien, c’est un homme qui parle ; et vous haussez les épaules. Esprits à courte vue ! C’est un avenir qui germe ; c’est un monde qui éclot ».Ce festival est une ode, comme la saison qui lui donne son nom, au mouvement, celui qui nous pousse vers les autres, celui jette un pont entre passé, présent et futur, et une invitation à la renaissance perpétuelle qui décentre notre regard et qui affûte notre désir au gré des découvertes dont fourmille ce programme construit pour vous, par Jean Varela et son équipe.Je vous convie au domaine d’O , dans cette utopie où règne l’imaginaire, pour goûter sans retenue aux plaisirs du Printemps.

Le Président du Conseil général de l’Hérault

Quelques spectacles

Carlo Gozzi / Agathe Mélinand / Laurent Pelly Il y a tant de sortilèges, tant de personnages, tant de folie dans L’Oiseau Vert … Il y a tant de récits qui se superposent, tant de sentiments qui s’entrecroisent, tant de destins qui se contrarient… Ce n’est pas pour rien queCarlo Gozzi fut le contemporain et le rival de Goldoni dans cette Venise des dernières fêtes : il y a sans doute de l’étourdissement des masques dans cette ronde féérique où Laurent Pelly, metteur en scène de la nouvelle traduction d’Agathe Mélinand , voit autant de génie, de fantaisie que dans les comédies shakespeariennes.

Fantaisie, certes mais aussi conte philosophique, voyage initiatique, récit picaresque où l’on croise une reine sanguinaire, un roi dépressif, des statues qui parlent, une charcutière dépassée par les événements, une reine répudiée jetée dans le trou d’un évier et ravitaillée, pendant quelques lustres, par un mystérieux et spéléologue oiseau vert...Alors la mise en scène ne se privera d’aucune machinerie pour installer cet univers sur la scène de l’amphithéâtre, comme jadis l’opéra baroque pour faire descendre Jupiter des cintres. Mais elle se privera moins encore d’un texte qui est comme un feu d’artifices sur la lagune : éblouissant et multiforme, parfois noble, parfois abrupt, toujours drôle et définitivement enchanteur...L’Oiseau vert , spectacle chatoyant…

L'Oiseau vert de Carlo Gozzi au Théâtre National de Toulouse
L'Oiseau vert de Carlo Gozzi au Théâtre National de Toulouse © Laurent Pelly

AMPHITHEATRE D'Ovendredi 12 juin / 22h00samedi 13 juin / 22h00dimanche 14 juin / 22h00

Romeo Castellucci / Societas Raffaello Sanzio Spectacle en Italien, surtitré en FrançaisUn grand nom de la scène contemporaine. Qui a enthousiasmé, choqué, ému, dérouté, scandalisé parfois. Comme tous les grands noms. Comme tous les grands créateurs. L’Italien Romeo Castellucci avait commotionné le Festival d’Avignon avec Sur le concept du visage du Fils de Dieu . Il a transporté le Festival d’Automne à Paris avec pas moins de quatre spectacles. Sa venue au Printemps des Comédiens est un signe supplémentaire de la maturité du festival héraultais et de l’attention que lui portent les créateurs.

Go down, Moses est sans doute, des quatre spectacles parisiens, le plus impressionnant. Le plus spectaculaire dans le sens où il rassemble tout ce qui fait l’extraordinaire force de Castellucci : le mélange des techniques où la voix n’est qu’un son parmi d’autres, la splendeur de tableaux où se mêlent la technologie et des chatoiements de palettes classiques, l’acuité à sonder nos émotions les plus intimes.Si Moïse est, dit-il, un personnage qui depuis longtemps le fascine, qu’on ne s’attende pas à trouver là un récit didactique. Le Buisson Ardent, le Veau d’Or, la Sortie d’Egypte sont là pourtant mais comme un miroir éclaté qui reflète à la fois une très vieille histoire et nos propres et contemporaines peurs.

Go down Moses Printemps des comédiens
Go down Moses Printemps des comédiens © Roméo Castellucci

THEATRE JEAN-CLAUDE CARRIEREmardi 16 juin / 20h00mercredi 17 juin/22h00jeudi 18 juin / 20h00

Alain Platel /Frank Van Laecke / Steven Prengels /les ballets C de la B / NTGent Pour ceux qui aiment connaître les mécanismes à l’œuvre dans la genèse d’un spectacle, il n’est pas vain de savoir qu’Alain Platel , avant d’être un artiste encensé, eut d’abord une formation d’orthopédagogue et qu’il travailla longtemps avec des enfants handicapés. Est-ce la raison de son goût pour des spectacles qui n’emploient pas toujours les matériaux habituels ?Est-ce pour cela qu’il aime juxtaposer des univers culturels à cent lieues les uns des autres (ainsi de Coup Fatal - Festival d’Avignon 2014- où des musiciens de Kinshasa chantaient du Gluck…) ? Est-ce pour cela qu’il adore créer de la beauté à partir d’un chaos ?AvecEn avant, marche ! le chaos des commencements est celui de musiciens de fanfare qui n’ont encore jamais joué ensemble. Aux metteurs en scèneAlain Platel et Frank Van Laecke , au compositeur Steven Prengels enfin, d’ordonner cette cacophonie de notes, de mots et de gestes. Tous trois sont de vieilles connaissances : ils ont déjà travaillé ensemble au délicieux Gardenia , extravagant cabaret présenté à Chaillot en 2010.

Inutile de préciser qu’ils sont ici dans leur univers : Flamands, ils viennent d’un terreau où la fanfare est une vieille tradition culturelle.Alors En avant marche ! Et que ceux qui voudraient voir, derrière l’éclat des cuivres, une métaphore de notre société où des hommes -et femmes- de bonne volonté veulent marcher en harmonie, que ceux-là ne s’en privent pas.

En avant marche ! Printemps des comédiens
En avant marche ! Printemps des comédiens © Phile Deprez

THEATRE JEAN-CLAUDE CARRIERElundi 22 juin / 20h00mardi 23 juin / 22h00

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