TexteEduardo De Filippo Mise en scène Toni Servillo Scénographie Lino Fiorito Quel acteur que Toni Servillo . Qu’on l’ait vu dans Gomorra de Matteo Garrone, dans Il Divo ou la Grande Bellezza de Paolo Sorrentino, on est sidéré par son art de la métamorphose, son humour, sa puissance de jeu. Il a dans mon coeur, depuis longtemps, rejoint Marcello Mastroianni ou Vittorio Gassman que j’invitais jadis dans notre théâtre.1948, années d’après guerre. Eduardo de Filippo est coincé à Milan avec sa troupe. Les représentations programmées de la Grande Magia sont annulées : Titina, sa soeur aînée, est malade. Dans sa chambre d’hôtel, il écrit en dix jours une nouvelle pièce dont les scènes sont portées au fur et à mesure par feuillets ronéotés aux comédiens et répétés sur le plateau dans la foulée : les Voix Intérieures, comédie noire, viscéralement napolitaine marquée par ce monde mouvant et sombre de l’Italie d’après-guerre que tous les Napolitains veulent fuir. C’est « l’art de la comédie », dans toute sa splendeur, théâtre rituel et populaire, un mano à mano entre un texte entre songe et réalité et des comédiens dont le public italien applaudit passes et figures comme il se doit pour cet art ancien fait de chair et d’encre.Patrick Sommier

Le voci di dentro
Le voci di dentro © Fabio Esposito

La pièce

En 1946, Toscanini revient des États-Unis à la Scala. En 1947, Giorgio Strehler et Paolo Grassi fondent le Piccolo Teatro di Milano. En 1948, Eduardo de Filippo écrit les Voix intérieures en trois semaines.Le texte paraît en même temps que le film de Vittorio de Sica le Voleur de bicyclette et Allemagne année zéro de Roberto Rossellini. Temps difficiles de l’après-guerre.Rome ville ouverte et néoréalisme. La vie reprend. Le cinéma et le théâtre sont alors au zénith en Italie, une épopée que toute l’Europe célèbrera. « En cinq comédies, on peut raconter l’histoire de l’humanité » disait Eduardo de Filippo parlant de la condition humaine des années d’après-guerre : Naples millionnaire ! , Filumena Marturano, les Mensonges avec les longues jambes, Sacré Fantôme et les Voix intérieures, des comédies jouées dans le monde entier. Mais inutile de chercher dans la pièce le joyeux folklore napolitain de la Grande Magie qui est montée la même année. Ni le voyeurisme un peu tapageur d’un Malaparte écrivant la Peau, éditée en 1949. Il y a sculpté à même les corps des acteurs, un théâtre empli d’humanité, une galerie de monstres si proches, si humains qu’ils nous sont familiers… On pourrait les appeler par leurs prénoms…Toni Servillo, acteur et metteur en scène a demandé à son frère Peppe – musicien populaire en Italie – d’interpréter avec lui ce grand roman picaresque de Naples avec toute sa bande d’acteurs de la Trilogie. Toni et Peppe interprètent donc les frères Alberto et Carlo « Délectable » (Saporito) lancés à la recherche d’un cadavre dans la maison de leurs voisins Cimmaruta (la famille grigri de sorcière). Un mort qu’ils avaient vu de leurs propres yeux vraiment… mais en rêve.

Le voci di dentro
Le voci di dentro © Fabio Esposito
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