Avec Castorf, Dostoïevski redevient notre contemporain capital.

Festival d'automne à Paris
Festival d'automne à Paris

Les Frères Karamazov de Dostoïevski sur une mise en scène de Frank Castorf à la MC93 du 7 au 14 septembre.

Entre janvier 1879 et novembre 1880, le peintre de l'âme russe, Fédor Dostoïevski, publie en feuilleton ce qui sera son ultime roman, un des monuments de la littérature russe et européenne du XIXè siècle. Frank Castorf s'empare de cette œuvre hors du commun, épique et débordante, pour faire entendre, ici et maintenant, l'histoire des quatre frères Karamazov, terrible et parfois joyeuse plongée dans les tréfonds des passions humaines.

Les frères Karamasow photo de Thomas Aurin
Les frères Karamasow photo de Thomas Aurin

S’il s’apprête à abandonner la direction de la Volksbühne de Berlin, Frank Castorf demeure, à 65 ans, l’éternel enfant terrible du théâtre allemand. Un statut qu’il doit notamment à ses relectures radicales de l’œuvre de Fédor Dostoïevski. Après Les Démons, L’Idiot, Le Joueur, Humiliés et Offensés ou encore Crime et Châtiment, il s’attaque aujourd’hui à l'œuvre Les Frères Karamazov.

Ce qui impressionne dans ce spectacle – dernière collaboration de Castorf avec son alter ego, le scénographe Bert Neumann, disparu l’été dernier –, ce n’est pas tant son sens aigu de l’analyse de textes, l’acuité de son regard de lecteur et de metteur en scène, l’agilité avec laquelle il a remodelé cette somme de plus de mille pages, retranchant des passages, y insérant des fragments exogènes (extraits notamment d’Exodus, roman de l’écrivain anarchiste russe contemporain DJ Stalingrad).

Les frères Karamasow photo de Thomas Aurin
Les frères Karamasow photo de Thomas Aurin

Ce n’est pas tant la maestria avec laquelle il dirige des comédiens – parmi lesquels Jeanne Balibar – au charisme impressionnant. C’est surtout la façon dont Castorf excelle à s’emparer d’une intrigue – l’histoire de l’assassinat de l’infect Fédor Pavlovitch Karamazov par l’un de ses trois fils, dont chacun représente une manière d’archétype – fortement ancrée dans le contexte de la société russe de 1880 pour en faire un brûlot d’une actualité tranchante. Sans jamais sombrer dans le symbolisme lourdaud ou le surcroît de complexité, il parvient, tout au long de ces frénétiques six heures et quinze minutes de spectacle – dont certains moments sont donnés à voir exclusivement en vidéo –, à insuffler aux grandes questions métaphysiques qui y sont en jeu une urgence et une résonance étonnamment actuelles.

►►► Distribution

  • Mise en scène, Frank Castorf
  • Avec Hendrik Arnst, Marc Hosemann, Alexander Scheer, Daniel Zillmann, Sophie Rois, Kathrin Angerer, Lilith Stangenberg, Jeanne Balibar, Patrick Güldenberg, Margarita Breitkreiz, Frank Büttner
  • Scénographie, Bert Neumann
  • Costumes, Bert Neumann
  • Lumière, Lothar Baumgarte
  • Caméra, Andreas Deinert, Mathias Klütz, Adrien Lamande
  • Montage en direct, Jens Crull
  • Musique, Wolfgang Urzendowsky
  • Son, Klaus Dobbrick, Tobias Gringel
  • Perche, William Minke, Dario Brinkmann
  • Dramaturgie, Sebastian Kaiser
Les frères Karamasow photo de Thomas Aurin
Les frères Karamasow photo de Thomas Aurin
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