Texte Rainer Werner Fassbinder Mise en scène Philippe Calvario Avec Maruschka Detmers , Joséphine Fresson , Julie Harnois , Odile Mallet , Carole Massana , Alix Riemer Les Larmes amères de Petra von Kant est connue du grand public par son adaptation au cinéma réalisée par Rainer Werner Fassbinder en 1972.Ce texte est centré sur des femmes. Il est fondé sur l’expression, le discours et la tension psychologique. Petra von Kant est dégoûtée des hommes et se prend d’amour pour une superbe jeune femme dont elle faitson élève. Par ailleurs entourée de sa mère, sa fille, sa servante – opprimée et dont l’humanité est bafouée,Petra von Kant s’adonne à l’amour et se tue d’en avoir trop.C’est en effet bien de l’amour que traite Fassbinder, d’un amour ravageur donné mais qui se révèle très vitele fléau des âmes.Fassbinder nous fait suivre du lever au coucher, du coup de foudre à la déraison, l’amour ravageur queportera Petra von Kant à Karin. Cette folle histoire d’amour nous mènera de la passion à la distance, del’absence de l’autre et à la satisfaction des pulsions les plus fondamentales : la nourriture, le sexe etl’ivresse de l’esprit.

Note d’intention (avant répétitions)

Les larmes amères de petra von kant de Rainer Werner Fassbinder
Les larmes amères de petra von kant de Rainer Werner Fassbinder © Coulonjou-Gentil

Avec Les Larmes amères de Petra von Kant, je continue un travail autour du couple, du vivre à deux, commencé avec Parasites de Marius von Mayenburg et Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux.Cette fois-ci, je m’intéresse à une passion dévorante entre deux femmes. C’est cela que je veux mettre en scène : une pièce sur les ravages d’une passion, et absolument pas une pièce sur l’homosexualité féminine. Dans cette pièce, un peu comme dans Roberto Zucco, les autres personnages sont des figures rassemblées autour de Petra : la meilleure amie, la mère, la fille... J’ai surtout travaillé jusqu’ici sur des personnages mythiques comme Électre ou Médée, je me suis peu confronté à des portraits féminins contemporains.Pour moi, même s’il n’y a rien de subversif dans cette histoire d’amour entre femmes, j’ai cependant très envie que les scènes de séduction et d’amour entre Petra et Karine soient traitées de manière charnelle et sensuelle voire presque carnassière.La concision de la langue de Fassbinder permet de rendre encore plus forte la rapidité des violents émois qui secouent les personnages et en particulier Petra. Il y aura un travail de retraduction avec Sylvie Müller pour rendre le texte français encore plus concis, pour rendre compte des ellipses qui existent dans le texte allemand et le rendent très cinématographique. Tout va très vite. La pièce est divisée en cinq actes.Le premier est lié au passé de Petra et à sa relation avec son ex-mari. Le deuxième acte donne à voir la rencontre et la passion de Petra pour Karine. Le troisième est déjà séparation, tandis que le quatrième nous emmène aux portes de la folie et le cinquième une forme de consolation.Suite à une première lecture du texte avec les actrices, l’une d’entre elle m’a dit qu’il y avait pour elle de l’Almodovar dans cette pièce. Ca m’a beaucoup parlé car j’aimerais vraiment que la mise en scène soit empreinte d’une certaine ironie qu’il y a peu dans le film de Fassbinder (qui d’ailleurs ne me plaît pas particulièrement). Je le trouve trop réaliste, avec une pesanteur qui manque de décalage et d’une certaine folie que l’on peut trouver dans des films comme Femmes au bord de la crise de nerfs. Les personnages s’emportent tellement, les émois amoureux sont pris dans un tel tourbillon qu’ils prêtent parfois à rire.Ils sont drôles malgré eux. Et cela les rend profondément touchant.Ce qui est important pour moi aussi dans ce texte, c’est le rapport à la transmission. Le fait que Petra et Karine n’aient pas le même âge a plus d’incidence sur leur relation que le fait qu’elles ne soient pas de la même classe sociale. Je veux mettre en scène le rapport entre un mentor et une muse, ce qui correspond d’une certaine manière à ma propre sensibilité puisque j’ai moi-même vécu aux côtés d’un mentor avec qui j’ai travaillé. Petra veut transmettre à Karine ce qu’elle n’a pas réussi à transmettre à sa fille. Petra est faite de la même étoffe qu’une Arkadina, une Médée ou une Phèdre : c’est une amoureuse tragique avant d’être une mère, avant presque d’être une femme ; elle est toute à sa passion.Il y a un côté démesuré chez Petra, elle est hantée par l’hybris des héros tragiques. La manière dont Fassbinder raconte l’enfermement, la folie à laquelle conduit une dévastation amoureuse peut parler à tout un chacun.Philippe Calvario, le 25 octobre 2010(propos recueillis par Karima El Kharraze)

Autour du spectacle

Les larmes amères de petra von kant de Rainer Werner Fassbinder
Les larmes amères de petra von kant de Rainer Werner Fassbinder © Coulonjou-Gentil

A l'issue de chaque représentation, Philippe Calvario et l’équipe artistique vous retrouvent au foyer-bar pour échanger à chaud sur le spectacle.Les lundi 4 et mardi 5 juin, soirées Les Larmes amères de Petra von Kant au Cinéma Le Balzac (1 rue Balzac 75008 Paris) avec la projection du film de Rainer Werner Fassbinder (1972) et des lectures par l’équipe du spectacle.Les mercredi 30 et jeudi 31 mai, vendredi 1er et samedi 2 juin à 20h salle Christian-Bérard, Philippe Calvario offre sa lecture du texte Les Visages et les Corps de Patrice Chéreau.

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