Texte de CopiMise en scène Jean-Michel Rabeux Avec Claude Degliame , Georges Edmont , Marc Mérigot , Christophe Sauger

L’histoire édifiante de quatre jumelles perdues sur la banquise alaskaïenne et qui s’assassinent à qui mieux mieux, pour se ressusciter les unes les autres. Ce que vous allez voir et entendre n’a ni queue ni tête, baigne dans l’absurde glacé des eaux du détroit de Béring. Voici donc un poème trash, un Rimbaud explosé en dialogues, un Feydeau surréaliste, un cauchemar gondolant, un Alice au pays des chiens loups, un conte de sorcières, une comédie déjantée de l'autre côté du miroir.

Les quatre jumelles de Copi
Les quatre jumelles de Copi © Benoît Linder

Jamais de pathos, les larmes ne sont que de crocodiles, jamais d’éros, les corps ne servent qu’à se piquer, et encore. On est au-delà des murs du son. C’est de la folie, mais froide, donc ça se passe en Alaska. Logique.C’est ça, l’Alaska, la banlieue de nos cerveaux quand ils pètent, l’endroit qui n’est pas au centre. L’Alaska, c’est une banquise au-delà du périphérique, avec chiens de traineau aussi carnassiers qu’enrubannés, icebergs en plastoc, dollars en papier cul, flingues de farce et attrape. Une banquise de boîte de travs. De l’oxymore en pagaille. Tout est son contraire. Le désespoir se gondole, la joie se fendille, on galope en riant d’assassinats en overdoses, du pire en pire. Une morte toutes les dix minutes !! Qui dit mieux !? C’est qu’elles ressuscitent, les chiendents, elles ne crèvent pas comme ça, elles s’accrochent à la vie. Elles entretuent, elles font de mal à personne d’autre qu’à elles-mêmes. C’est peut-être la seule morale de l’histoire : elles font de mal à personne d’autre qu’à elles-mêmes. Mais, là, elles y vont !

Extrait

Leïla – Maria, pourquoi est-ce que tu as acheté ces chiens ?Maria – Parce que je me sens seule ! À tout à l’heure. Je vais me promener. Non, je ne vais pas me promener. C’est toi qui va partir ! J’ai déjà fait ta valise. Va-t’en !Leïla – Tu veux me faire dévorer par tes chiens de l’Alaska, ordure ?Maria – Ils sont apprivoisés ! Va-t’en ! Aïe ! Non ! Laisse-moi ! Aïe ! Non, Leïla ! Aïe ! de la morphine ! Donne-moi de la morphine ! Trois grammes, s’il te plaît ! Merci. Je vais te tuer ! Où est le couteau ?Leïla – Calme-toi, Maria ! Aïe !Maria – Au secours ! J’ai tué ma soeur !Joséphine et Fougère entrent.Fougère – De l’alcool ! Du coton ! Des ciseaux ! Du sparadrap ! Ça m’a l’air très mauvais cette blessure !Leïla – Aïe !Fougère – Soyez courageuse ! Tenez ça !Leïla – Aïe !Fougère – Là ! Il faut serrer !Leïla – Aïe !Fougère – Voilà ! Voilà ! Voilà ! Appelez la police !Leïla – Non, s’il vous plaît ! Je me sens bien.Fougère – Tu as vu ? Elle voulait faire dévorer sa soeur par des chiens de l’Alaska !Joséphine – Elles ont de l’héroïne ?Fougère – Elles ont des paquets plein les armoires !Joséphine – Les salopes ! Je me fais une piqûre, moi.Fougère – On va appeler la police. Qu’on les embarque une fois pour toute ! Fais-moi une piqûre, Joséphine.Joséphine – Attends.Fougère – Viens que je t’aide.Joséphine – Laisse-les s’entretuer ! Allons-nous-en ! Je prends quelques sachets d’héroïne ?Fougère – Prends en plusieurs.Joséphine – Allons-nous-en !Leïla – Attendez.Joséphine – Qu’est-ce qu’elle veut ?Leïla – Ça saigne beaucoup.Fougère – Faites voir ? C’est normal, puisque vous avez un gros trou. Salope, va ! Regarde-moi un peu ce trou !Joséphine – Ça pour être un trou c’est une source ! Ç’a quel goût, le sang ?Fougère – Goûte pas, c’est dangereux.Joséphine – C’est bon. C’est salé.

Les quatre jumelles de Copi
Les quatre jumelles de Copi © Benoît Linder
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