Retour aux sources avec une Pina Bausch sulfureuse et exubérante, sur les airs immortels de Kurt Weill.

Ensemble_CR
Ensemble_CR © Jochen Viehoff

En 1979, quand Pina Bausch vient au Théâtre de la Ville pour la première fois, elle présente Les Sept Péchés capitaux. Et si cette pièce était aujourd'hui son œuvre la plus contemporain ? 

Ce qui le suggère n’est pas tant la musique de Kurt Weill, ni la pièce de Brecht, ici centrée sur la femme comme marchandise. 

Pas non plus l’évidente résonance avec la révolte #metoo, mais avant tout l’incroyable force des tableaux d’ensemble expressionnistes, où s’affirme la conception du Tanztheater comme art total pour danseurs, musiciens, chanteurs, acteurs et plasticiens. 

Créé en 1976, cet opéra dansé a été remonté il y a peu, avec des interprètes historiques et de jeunes danseurs récemment intégrés par cet ensemble unique au monde. D’où l’enthousiasme et l’excitation toujours intacts quand la seconde partie, un cabaret de Kurt Weill, corrosif et jouissif, fait exploser toutes les conventions.

Texte de Thomas Hahn

Ensemble_CR
Ensemble_CR / Oliver Look

Pina Bausch (1940-2009), plus vivante que jamais dix ans après sa disparition ? Oui ! La chorégraphe allemande rayonne. 

Voir et revoir ses pièces anciennes et les plus récentes est un choc, attestant avec une acuité folle de l’impact esthétique intemporel de son « tanztheater ». Qu’il s’agisse de Agua (2001), de Er nimmt sie an der Hand und führt sie in das Schloss, die anderen folgen (1978) sidérante relecture de Macbeth, ou encore des Sept Péchés capitaux (1976), spectacles pourtant situés aux antipodes, son geste est fulgurant, rivalisant avec les productions contemporaines en laissant tout le monde sur le carreau. 

La « danse théâtre », cet hybride explosif de gestes et de textes, devenu une esthétique et quasiment une marque, souffle un vent toujours incroyablement fécond sur les plateaux.

À leur façon, sur une musique de Kurt Weill (1900-1950) et des textes de Bertolt Brecht (1898-1956), Les Sept Péchés capitaux, entre les mains de la chorégraphe, mettent le feu au refrain de la domination sexuelle. 

Composée en réalité de deux pièces, cette soirée enchaîne Les Sept Péchés avec N’ayez crainte, bâtie sur des morceaux variés extraits, entre autres, de Mahagonny et L’Opéra de quat’sous

Le scénario de la première raconte l’histoire de deux sœurs Anna 1 et Anna 2, reflet double d’une jeune fille qui va devenir la proie d’une société dévorée par ses pulsions. L’aînée vend la cadette qui finit par devenir une monnaie d’échange que l’on mesure et étalonne pour mieux se prostituer et faire sonner le tiroir-caisse familial. La lutte pour survivre passe par le commerce de soi. 

Un refrain que la seconde partie reprend avec virulence et même violence. Les mecs en prennent pour leur grade. Dans le même mouvement, Pina Bausch tente de dégommer les stéréotypes en costumant les hommes en femmes. Ce travestissement, à l’esprit cabaret, présent très tôt dans ses œuvres, ne revendique aucun combat de genre. Libre circulation des identités sur le fil d’une intime fantaisie, il est plutôt échange de garde-robe et de rôle pour aller voir ailleurs ce que vit et ressent l’autre. Un jeu de métamorphoses qui reste sans doute l’un des plus sûrs moyens de faire corps avec l’autre selon Pina Bausch.

Texte de Jeanne Liger

Josephine Ann Endicott et Ensemble_CR
Josephine Ann Endicott et Ensemble_CR / Meyer Originals

►►► Distribution

► Première partie

Kurt Weill : Les Sept Péchés capitaux (Die sieben Todsünden) - Ballet chanté - Texte de Bertolt Brecht - Version pour une voix basse féminine - Arrangé par Wilhelm Brückner-Rüggeberg - Avec les danseurs du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch et artistes invités

► Deuxième partie

  • Fürchtet euch nicht - Utilisation de musiques et de chansons tirées de L´Opéra de quat’sous, Le Petit Opéra de quat’sous, Happy End, Le Requiem de Berlin et Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny - Avec les danseurs du Tanztheater Wuppertal Pina Bauschet artistes invités
  • Coréalisation Théâtre du Châtelet et Théâtre de la Ville
  • Dans le cadre de la saison « hors les murs » du Théâtre de la Ville et de la Saison 19-20 du Théâtre du Châtelet
Oleg Stepanov et Stephanie Troyak_CR
Oleg Stepanov et Stephanie Troyak_CR / Franziska Strauss

Sources Théâtre du Châtelet et Théâtre de la Ville

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