Emmanuel Demarcy-Mota et sa troupe s’emparent de l’œuvre mythique d’Arthur Miller, Les Sorcières de Salem, pièce d’urgence contre l’intolérance et l’aveuglement collectif.

Les sorcières de Salem
Les sorcières de Salem © Jean-Louis Fernandez

Révélations mensongères, délations, faux aveux… Les Sorcières de Salemrappellent tout ce qui, partout relève, aujourd’hui, d’une « chasse aux sorcières ».

Familier des auteurs européens du XXe et de leurs puissances souterraines, il aborde pour la première fois un auteur américain, un théâtre d’acteurs qui nous entraîne pourtant au plus profond des forêts sombres. Aux racines du mal sur la scène du Théâtre de la Ville.

Résumé de la pièce

1692. Salem, Nouvelle-Angleterre. Parce qu’elle a découvert la liaison de son mari, John Proctor, avec leur servante Abigail, Elisabeth renvoie la jeune femme. Pour se venger celle-ci réunie quelques-unes de ses amies et organise en pleine nuit, au plus profond de la forêt, une séance de sorcellerie censée nuire à Elisabeth. Les jeunes filles sont surprises nues en transe. Afin d’échapper aux sanctions elles se prétendent victimes de sorcières. La ville, très puritaine, croit immédiatement à une épidémie. Un grand procès a lieu, qui rassemble tous les fanatismes. Hystérie féminine ? Interventions surnaturelles ? Simulations par désir de vengeance ? Toutes les personnes désignées comme possédée par le groupe de jeunes filles sont envoyées à la potence. Les condamnations pleuvent. Pour sauver sa femme, John Proctor avoue devant le tribunal sa relation adultère avec Abigail, mais l’aveuglement a gagné toute la communauté et il est condamné à son tour à moins d’avouer son allégeance au diable. D’abord hésitant, il finit par accepter sa sentence, afin que la mort de ceux qui l’ont précédé ne soit pas veine

Les sorcières de Salem
Les sorcières de Salem / Jean-Louis Fernandez

Salem a été fondée en 1629 par un groupe de marchands et de pécheurs qui commerçaient avec l’Angleterre. L’église était la pierre angulaire de la vie en Nouvelle Angleterre. La plupart des habitants du Massachusetts étaient puritains. Dans ces communautés, les autorités étaient les chefs religieux. La peur est profonde : peur du Diable, de Dieu, de l’autre, de soi, du mal en soi… Le corps, le sexe et tout ce qui relève de la nature est devenu haïssable. Étaient aussi condamnés distractions et plaisirs.

Arthur Miller décrit la mécanique imparable d’une communauté humaine qui se déchire. Révélations mensongères, délations, faux aveux,… les condamnations pleuvent. Des « sorcières » sont pendues. 

Ce que nous savons, c’est qu’en chacun de nous il y a prise aussi bien pour dieu que pour le diable. Dans nos âmes, les routes du bien et celles du mal se coupent et se recoupent à l’infini. 

Arthur Miller, Les Sorcières de Salem

Les sorcières de Salem
Les sorcières de Salem / Jean-Louis Fernandez

Les puissances obscures qui sous-tendent la pièce et son déroulement : la convoitise, la sexualité réprimée, la quête de pouvoir et de reconnaissance, donnent naissance à un ensemble de rituels, de pensées magiques et d’actions mystérieuses. C’est le lieu des fantômes et des morts, sans cesse évoqué à la scène.

Emmanuel Demarcy Mota

Les sorcières de Salem
Les sorcières de Salem / Jean-Louis Fernandez

La pièce d’Arthur Miller, créée en 1953 à Broadway entend traiter sous forme de parabole des événements de 1692. Elle témoigne de façon indirecte d’un contexte politique et idéologique où se retrouve des phénomènes ou des comportements semblables à ce mouvement lancé par le sénateur Joseph McCarthy en 1950 lorsqu’il entreprit une « chasse aux sorcières » contre les communistes, ou ceux soupçonnés de l’être, ou de l’avoir été, en les accusant d’« activités anti-américaines, de soutien à l’URSS », et que les USA furent occupés pendant au moins quatre ans à des poursuites visant diplomates, fonctionnaires et conseillers, membres du département d’État, et un nombre considérable d’artistes, d’acteurs, etc.

François Regnault, dramaturge, philosophe et universitaire

Les sorcières de Salem
Les sorcières de Salem / Jean-Louis Fernandez

Distribution

  • Texte d’Arthur Miller
  • Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota
  • Avec Elodie Bouchez, Serge Maggiani, Sarah Karbasnikoff, Philippe Demarle, Sandra Faure, Jauris Casanova, Lucie Gallo, Jackee Toto, Marie-France Alvarez, Stéphane Krähenbühl, Eleonore Lenne, Gérald Maillet, Grace Seri, Charles-Roger Bour…
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