Comprendre et résister, aucun geste artistique n’aurait d’achèvement juste sans la puissance poétique d’une œuvre inlassablement consacrée à «refaire le monde». Le roi n’a qu’à bien se tenir. Chez Maguy Marin, l’art est avant tout politique.

Deux mille dix sept
Deux mille dix sept © David Mambouch

Quand un spectacle est éblouissant dans sa forme, c’est déjà une promesse de persistance rétinienne. Quand cette forme existe au service du fond, les images imprimées drainent infailliblement une réminiscence de méditation. Échec et mat.

Ce nouveau travail de création de Maguy Marin, Deux mille dix-sept au Théâtre de la Ville, veut saisir la part d’aliénation consentie à un monde hyper financiarisé, régi par les algorithmes et les flux monétaires, jugulant la peur, les frustrations et le vide existentiel sous le masque sournois d’un jeunisme dynamique et ouvert.

Et s’il se pouvait que, contre l’abrutissement de ce consentement ordinaire, nous puissions bouleverser le cours des choses, dépasser les petits arrangements avec nos profits maximum et de la façon la moins barbare qui soit, nous puissions laisser transparaitre un futur lucide et résistant.

L’artiste réunit ici dix interprètes et, de sa plume qui fait parler la danse, échantillonne les visages masqués du néo-libéralisme omnipotent. De l’insidieuse propagande enjoignant les masses à sacrifier leurs vies pour le bien-être de quelque élite, l’artiste fait le noyau dur de ce nouvel opus

La gouvernance de l’ombre n’a rien de nouveau, mais cette officine de soumission aux stratégies d’asservissement est d’autant plus redoutable aujourd’hui que quiconque ne s’adapte pas aux critères de la rentabilité est systématiquement mis au rebut. 

D’after-works en happy hours, notre société tout sourire dégage l’odeur pestilentielle de l’hypocrisie. Sous une peau liftée de festivité, elle n’est qu’angoisse refoulée et vide existentiel. 

Mettre en exergue les sensations confuses qui nous hantent devant ce monde absurde et anxiogène, c’est le chantier auquel se frottent Maguy Marin et ses collaborateurs. Telle un de nos bons vieux rois du burlesque qui, au plus fort de la catastrophe, pointent d’un humour implacable son actualité, elle alevine avec espoir la rivière de nos vraies passions, pour assurer la pérennisation de notre espèce de la façon la plus digne possible.

Avec le Festival d'Automne à Paris

conception et chorégraphie Maguy Marin, musique live Charlie Aubry en étroite collaboration et avec Ulises Alvarez, Charlie Aubry, Laura Frigato, Françoise Leick, Louise Mariotte Mayalen Otondo, Cathy Polo, Ennio Sammarco, Marcelo Sepulveda, Adolfo Vargas, lumières Alexandre Béneteaud , son Antoine Garry et Loïc Goubet, scénographie et régie plateau Albin Chavignon, réalisation des costumes Nelly Geyres assistée de Raphaël Lo Bello, conception d’éléments costumes Montserrat Casanova, éléments d’accessoires Paul Pédebidau

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