opéra-comique en cinq actes d’Henri Rabaud, Livret de Lucien Népoty. Créé à l’Opéra Comique le 15 mai 1914.mise en scène Jérôme Deschamps, direction musicale Alain Altinoglu

Jouée en son temps dans le monde entier, l’œuvre conjugue le raffinement de la musique française à des effluves de musiques orientales, au service d’une «saine bonne humeur» qui séduisit Gabriel Fauré.

Note d'intention de mise en scène

Maquettes de costumes de Vanessa Sannino
Maquettes de costumes de Vanessa Sannino © Vanessa Sannino

Je souhaiterais que Mârouf, savetier du Caire, donne l’impression d’un véritable voyage salle Favart ; un voyage vers des contrées imaginaires pleines de saveurs et d’exotisme, où le merveilleux se ferait subversif tant l’illusion du conte deviendrait convaincante et forte d’alternatives possibles au réel. Mârouf est un pauvre du Caire, un misérable savetier aux babouches peu rémunératrices. Victime d’une épouse calamiteuse au charme inexistant, qui ne fait qu’accroitre son lot de peines en l’assénant de caprices impossibles et de ruses malintentionnées, il envie le sort des musulmans dont les femmes à la peau beurrée adoucissent le contour des jours. Il rêve d’un ailleurs plus facile et plus heureux, où la justice d’Allah pourrait bousculer la destinée des hommes et la renverser complètement. Comme par un tour de magie. Le miracle se produit cependant dans la ville des Mille et une nuits où la magie opère grâce à la main divine et à l’intervention malicieuse des génies. Ami perdu et retrouvé, sultan vénale et irresponsable, princesse à la beauté foudroyante et au cœur noble, galopades amoureuses dans des plaines désertiques où la métamorphose inattendue d’un vieillard en haillons fait surgir une caravane regorgeant de trésors, chaque hasard de l’intrigue se révèle un nouveau coup de chance. C’est cette irruption foisonnante du merveilleux dans une réalité sociale et politique accablante, qui me permet de plonger sans retenue dans l’univers des Mille et une nuits, avec la force éblouie et naïve de l’enfant qui s’enchante à la découverte d’un conte, et conserve en lui cette croyance immédiate, innocente, infaillible et formidable en l’impossible. Les fondements de la réalité aussi concrets et quotidiens que le commerce amoureux et marchand, le pouvoir de l’argent, ne quittent jamais l’intrigue mais la rythment au contraire de rebondissement en rebondissement, sans jamais maîtriser les forces extérieures, presque surnaturelles, qui viennent contrecarrer leur ordre et renverser le réel dans un monde qui ne dépend pas que de la seule volonté des hommes. Mon intention consiste à jouer directement avec les ressorts et les artifices du théâtre en utilisant la cage scénique comme une boîte magique truffée d’astuces et de surprises, pour donner à rêver, laisser place aux fantasmes et au fabuleux de l’histoire telle qu’elle nous est racontée. L’élégance mystérieuse des pyramides, l’agitation folle du souk, les beautés langoureuses du palais du sultan, l’intimité voluptueuse du harem, le vide immense d’une plaine désertique dominée par un sphinx imposant, fascinant, tout doit exister sur le plateau de la salle Favart avec la même naïveté que celle dont jouaient les contemporains d’Henri Rabaud pour faire découvrir au public français l’Orient dans ses traits les plus évidents, les plus savoureux parfois aussi. La partition musicale de Rabaud elle seule invite au même dépaysement, à cette excitation gourmande, curieuse, de tonalités étrangères et méconnues. Avec ses accents orientalisants et ses rythmes si contrastés, la musique porte en elle la fougue bariolée et onirique des Mille et une nuits. Comme un livre d’enfant, le décor se dépliera, s’inventera à chaque acte, dans un relief déstructuré, truqué, impossible et malin, comme dans certains tableaux de Survage où les formes planes échafaudent une structure d’ensemble qui donne l’illusion d’un volume étourdissant et irréel. Il faudra une gaieté lumineuse, des couleurs éclatantes, aussi bien dans les costumes d’ailleurs, pour exprimer cette poésie de l’ailleurs et permettre ainsi au spectateur de se laisser surprendre par une magie de la scène comme par celle d’un voyage. Jérôme Deschamps

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